Donald Trump a affirmé, jeudi 13 août, que les futurs porte-avions de l’armée américaine utiliseraient de nouveau les anciens modèles de catapultes pour lancer les appareils, retournant à ce qu’il a qualifié de technologie « fiable », mais qui devrait coûter plusieurs milliards de dollars.
Cette décision du président américain peut potentiellement avoir des conséquences pour la France, dont le futur porte-avions France-Libre, qui doit succéder en 2038 au Charles-de-Gaulle, doit normalement être équipé de nouveaux systèmes de catapultages électromagnétiques fournis par l’entreprise américaine General Atomics.
Cette annonce, censée « corriger les problèmes à long terme dans les programmes de construction et de réparation des navires de la marine », selon le président américain, intervient alors que les conflits récents, dont la guerre en Iran, ont mis en lumière certaines difficultés à cause de navires vieillissants et de longs délais d’approvisionnement.
Dans une note de sécurité présidentielle, Donald Trump dépeint « une base industrielle de construction navale atrophiée » qui, selon lui, rend la construction et la réparation des navires de guerre plus lentes et plus coûteuses.
Le Pentagone devrait donc remplacer les systèmes de lancement d’avions électromagnétiques (electromagnetic aircraft launch system, ou Emals) par des systèmes hydrauliques et à vapeur. Les Emals sont supposés équiper les porte-avions de la classe Gerald Ford, et sont déjà en place sur le premier d’entre eux, l’USS Gerald-Ford, le plus gros porte-avions du monde.
Le premier bâtiment concerné par la décision américaine serait l’USS Doris-Miller, un modèle à propulsion nucléaire de dernière génération, dont la date de livraison est prévue pour 2034. Les deux autres bâtiments de la classe Ford, le Kennedy et l’Entreprise, qui doivent entrer en service avant le Doris-Miller, seraient donc eux aussi équipés d’Emals.
Un choix technologique contesté
L’Emals « vise à accroître les capacités opérationnelles des porte-avions de cette classe, permettant ainsi à l’US Navy de lancer toutes les plateformes aériennes embarquées actuelles et futures, des drones légers aux chasseurs d’attaque lourds », selon le commandement des systèmes aériens navals (Navair) américain. Il « exploite l’énergie cinétique stockée et la conversion d’énergie électrique à semi-conducteurs. Cette technologie permet un haut degré de contrôle, de surveillance et d’automatisation par ordinateur ».
Mais ce changement de systèmes de catapultes devrait coûter des milliards de dollars d’après Bryan Clark, chercheur à l’Hudson Institute cité par le Wall Street Journal. Ce faisant, Donald Trump « tient une promesse qu’il avait faite il y a près de dix ans de revenir au système à vapeur après avoir entendu un marine le vanter lors d’une visite sur un navire pendant son premier mandat », selon nos confrères.
Ancien astronaute et officier de la marine, le sénateur démocrate Mark Kelly a fustigé la décision de Donald Trump sur X : « Même moi je ne me permettrais pas de dire à la Navy comment concevoir les systèmes spécifiques de ses navires. »
Dans sa note, le président américain a par ailleurs autorisé le Pentagone à « attribuer des contrats qui permettent des achats auprès de fournisseurs étrangers à court terme », pour accélérer les délais de construction.
Quelles conséquences pour la France et ses alliés ?
L’entreprise qui avait décroché le contrat pour construire les catapultes électromagnétiques sur l’USS Doris-Miller, General Atomics, a affirmé que cette décision de changer de système « mérite un réexamen attentif ». Trump s’était plaint de ces systèmes de lancement dès 2017, assurant qu’ils n’étaient « pas bons » et qu’ils « n’ont pas la puissance » des catapultes à vapeur. La technologie des catapultes électromagnétiques a été utilisée par la Chine sur son dernier porte-avions, tandis que la France doit équiper son futur porte-avions d’un Emals fourni par General Atomics.
La décision de Donald Trump, si elle aboutissait, pose la question de la pérennité d’un tel choix, notamment en ce qui concerne la maintenance et les pièces détachées pendant la durée de vie du porte-avions. Interrogées par l’Agence France-Presse, les autorités françaises concernées n’ont pas fait de commentaire dans l’immédiat.