C’est “une victoire franche pour OpenAI”, résume The Washington Post. Elon Musk a perdu lundi 18 mai son retentissant procès en Californie contre les créateurs de ChatGPT, qu’il accusait d’avoir détourné ses dons pour bâtir un géant commercial de l’IA et trahir leur vocation non lucrative originelle.

Après trois semaines d’audiences, marquées par l’interrogatoire de cinq milliardaires de la Silicon Valley, un jury populaire a tranché en deux heures en faveur d’OpenAI et de son PDG Sam Altman, “clôturant une affaire qui a captivé le monde de la Tech” , note The Wall Street Journal.

Les neuf jurés ont estimé à l’unanimité que le patron de Tesla avait eu connaissance des faits reprochés à OpenAI plusieurs années avant sa plainte mais qu’il avait déposé celle-ci hors des délais légaux. Musk avait attaqué en justice en 2024, cinq ans après le virage commercial d’OpenAI, qu’il avait créé, avec Altman et d’autres, comme fondation à but non lucratif en décembre 2015.

La cour fédérale d’Oakland, près de San Francisco, “confirme qu’elle accepte les conclusions du jury comme siennes”, a réagi lundi la juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers. L’avis des jurés n’était que consultatif mais la magistrate avait déclaré qu’elle le suivrait sur cette question préalable.

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“Une leçon sur les dangers de la procrastination”

Les jurés ont donné à Elon Musk “une leçon sur les dangers de la procrastination”, ironise The New York Times. Mais pour le quotidien américain, cette décision signifie surtout qu’OpenAI est maintenant “libre de poursuivre son développement”.

Les recommandations du jury “écartent désormais l’une des principales menaces qui pesaient” sur l’entreprise dirigée par Sam Altman : celle d’“une possible restructuration”, souligne TechCrunch.

Le New York Times rappelle que le patron de Tesla “réclamait 150 milliards de dollars de dommages et intérêts et voulait que Sam Altman soit exclu du conseil d’administration de l’entreprise. Il exigeait également qu’OpenAI revienne sur sa décision de devenir une entreprise à but lucratif avant une éventuelle introduction en Bourse”. Si la plainte de Musk avait abouti, le milliardaire “aurait porté un coup sérieux à OpenAI”, ce qui “aurait pu modifier le cours de la course à l’IA”, estime le journal

Dans un message publié sur X après le verdict, Elon Musk a néanmoins semblé présenter les recommandations des jurés “comme une victoire morale”, observe TechCrunch. “Il ne fait aucun doute que Sam Altman et Greg Brockman [le président d’OpenAI] se sont effectivement enrichis en détournant une organisation caritative. La seule question est de savoir QUAND ils l’ont fait ! ”, a écrit le milliardaire en annonçant qu’il allait faire appel.

Des dirigeants “incapables d’entretenir des relations honnêtes”

Le verdict a été rendu lundi après 11 jours de témoignages et de plaidoiries au cours desquels Musk et Altman se sont affrontés, s’accusant ‌mutuellement d’être plus intéressés par l’argent que par l’intérêt public. “Lors des plaidoiries finales, les deux camps ont tour à tour tenté de présenter leurs adversaires comme des personnes n’étant pas dignes de confiance”, observe le Wall Street Journal. “Cinq témoins au cours de ce procès l’ont qualifié de menteur sous serment”, a déclaré l’avocat Steven Molo à propos de Sam Altman. “Pour réussir dans l’IA, il semble que tout ce que M. Musk sache faire, c’est venir devant les tribunaux”, a lancé de son côté l’avocat d’OpenAI, William Savitt.

“D’un point de vue strictement juridique, ces trois semaines de témoignages n’ont abouti à rien”, conclut Hayden Field, journaliste du site spécialisé The Verge. “Mais ce procès a livré une conclusion plus large et plus sévère : presque personne dans cette affaire ne semble digne de confiance. Certains des acteurs les plus puissants de la tech paraissent incapables d’entretenir des relations honnêtes entre eux. Et si c’est vrai, cela soulève une question plus vaste : pourquoi contrôlent-ils une industrie de plusieurs milliers de milliards de dollars, appelée à transformer radicalement nos vies ? ”.

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