Plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté, mardi 12 mai, en Argentine, contre les coupes budgétaires imposées par le gouvernement du libertarien Javier Milei à l’université publique. En une de son édition du 13 mai, le quotidien de gauche argentin Página 12 a choisi d’afficher l’image de cette foule immense et bigarrée, composée d’étudiants, d’enseignants, de familles et de retraités et rassemblée autour de la Plaza de Mayo, à Buenos Aires, accompagnée d’un seul mot : Argentinazo.

Intraduisible, ce mot formé du nom du pays et du suffixe augmentatif azo, qui exprime une grande intensité et une certaine violence, renvoie au nom donné à la grande révolte populaire de décembre 2001, quand des milliers d’Argentins descendirent dans la rue pour protester contre la crise et la faillite du pays, provoquant la démission de cinq présidents en moins de quinze jours.

À lire aussi : Éducation. La défense massive des universités argentines, des “larmes de gauchistes” selon Milei

L’Argentine n’en est pas encore là, mais la cote de popularité de Milei est en chute libre, tandis que l’inflation repart à la hausse, que les industries ferment, que le chômage augmente et que les politiques sociales s’effondrent. Et la colère gronde contre une politique ultralibérale qui “condamne à mort” un système universitaire qui “fait la fierté des Argentins depuis des décennies”, affirme Página 12.

Désertion des universitaires

Les manifestants exigent que Javier Milei respecte la loi de financement universitaire, qui oblige à transférer suffisamment de fonds pour permettre aux universités un “fonctionnement normal”. Or leur financement réel a chuté de 45,6 % entre 2023 et 2026, selon le Conseil interuniversitaire national (CIN), et le budget alloué pour 2026 représente à peine plus de la moitié de ce qu’il considère être le “strict minimum”.

Par ailleurs, les enseignants ont enregistré une perte de leur pouvoir d’achat de 37,13 %, avec un salaire au niveau le plus bas depuis vingt-trois ans, souligne le journal local. Cette situation est en train de provoquer une désertion des enseignants universitaires : environ 10 % auraient décidé de changer de profession depuis la fin 2023 et l’arrivée de Milei au pouvoir. Et de décourager les étudiants.

Beatriz Gentile, rectrice de l’Université nationale de Comahue, déclare à Página 12 :

“D’un point de vue libertaire, le gouvernement lui-même provoque une ‘décapitalisation humaine’ en réduisant le financement des universités, ce qui entraîne des démissions et l’exode de nos diplômés et professionnels hors du pays.”

Une allusion au “ministère du capital humain”, créé par Milei, qui englobe les questions d’emploi, d’éducation et de politiques sociales, et qui est notamment chargé d’exécuter les coupes budgétaires dans les universités…