“Graz l’a refait”, annonce Kurier. Dimanche 28 juin, le Parti communiste d’Autriche (KPÖ) est une nouvelle fois sorti vainqueur des élections municipales de la deuxième ville d’Autriche, recueillant près de 36 % des voix, devant le Parti populaire autrichien (ÖVP, 25,2 %) et les Verts (15 %). La maire sortante, Elke Kahr, a ainsi “réussi le doublé et répété sa victoire de 2021”, souligne le quotidien autrichien.
Dans la république des Alpes, cette victoire fait parler d’elle. Et pour cause : à Graz, le Parti communiste a enregistré “une augmentation de 7 %” par rapport aux dernières élections, indique la télévision nationale autrichienne (ORF). “C’est même davantage que ce que prévoyaient les sondages réalisés avant le scrutin, qui donnaient déjà la victoire à Kahr.”
L’exploit est d’autant plus notable que le Land de Styrie, auquel appartient Graz, est dominé par les forces conservatrices du FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs, extrême droite, 17 sièges) et de l’ÖVP (Österreichische Volkspartei, droite conservatrice, 13 sièges).
La victoire d’une “personnalité” politique
Avec cette “large victoire communiste à Graz”, le Land de Styrie est plus que jamais un “Land des contraires politiques”, souligne Maria Zimmermann dans le quotidien Salzburger Nachrichten. Graz se démarque également à échelle de l’Autriche, puisque le FPÖ, premier parti au niveau fédéral, n’a obtenu que la quatrième place aux élections municipales.
“Plus d’un tiers des électeurs de Graz serait-il rouge foncé [communiste] ? Pas du tout”, cingle Klaus Herrmann dans une tribune de la Kronen Zeitung. Selon le rédacteur en chef du quotidien autrichien, la victoire du KPÖ illustre avant tout le fait “que Graz ne veut pas de candidats falots mais de vraies personnalités !” Or, à Graz, Elke Kahr est “apparue comme authentique et sympathique”, rapporte le politologue Filzmaier, cité par l’ORF.
En ce sens, Der Standard qualifie l’édile de “maire de tout le monde, sans prétention”, saluant sa “modestie sincère” et sa générosité. Car sans être “une sainte”, Elke Kahr renonce à environ deux tiers du salaire qui lui est dû. “Elle garde 2 300 euros pour elle et consacre le reste à des personnes dans le besoin”, indique le quotidien autrichien.
Un engagement social salué par les électeurs
Difficile de ne pas lire dans le résultat du 28 juin un “succès personnel de Kahr”, constate Die Presse. Mais celui-ci ne doit pas pour autant éclipser les projets concrets menés par la municipalité dans son ensemble ces dernières années, fait remarquer Falter. Car en matière de politique du logement, de justice sociale, de santé ou encore de transports, “l’électorat de Kahr a obtenu exactement ce pour quoi il l’avait élue”, souligne l’hebdomadaire viennois.
À titre d’exemples, “Graz a livré 420 nouveaux logements communaux [des logements appartenant à la municipalité, et qu’elle loue pour un montant modéré] et acheté plusieurs terrains pour développer les transports publics et construire d’autres logements communaux”, rapporte Falter. Et “maintenant, il suffit d’un an de résidence dans la commune pour demander un logement communal, au lieu de cinq sous la coalition noire-bleue”.
Aujourd’hui, Graz reste “profondément rouge et […] le bastion incontesté du Parti communiste en Autriche”. Mais au-delà du Land de Styrie, “le KPÖ n’a obtenu une certaine importance qu’à Salzbourg ces dernières années”, tempère l’ORF. Par ailleurs, le parti n’a pas encore su s’imposer à l’échelle fédérale, manquant, en 2024, son entrée au Conseil national [la chambre basse du Parlement], “bien qu’il ait réalisé son meilleur score depuis les années 1960, avec 2,39 % des voix”.
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