L’armée israélienne a fermé, dans la nuit de lundi 29 à mardi 30 juin, les locaux de l’association caritative Tadamon (tadamon signifie « solidarité » en arabe), à Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie occupée, d’après des responsables palestiniens et des sources proches de l’organisation.
Selon des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) sur place, l’ensemble du bâtiment a été bouclé. Des affiches placardées à l’entrée du bâtiment précisent, en anglais et en arabe, que l’association a « été déclarée illégale et a été fermée à cause de son implication et son soutien du terrorisme ». Sollicitée par l’AFP, l’armée israélienne a affirmé se renseigner. Un document portant l’en-tête des forces israéliennes a également été scotché sur la porte du bureau de l’association, à l’intérieur du bâtiment.
L’organisation est connue localement pour ses activités sociales et éducatives. Elle gère au moins trois écoles dans la ville, ainsi que des services d’aide pour des milliers d’enfants orphelins et des familles défavorisées, selon le site de l’association. La maire de Naplouse, Anan Al-Atira, a déclaré à l’AFP avoir été surprise de découvrir la fermeture de l’association, qui œuvre dans la région « depuis des années ». La direction de l’association a refusé de s’exprimer sur cette annonce.
« Attaquer tous les pauvres de notre peuple »
Cependant, une source proche de l’organisation, sous couvert d’anonymat, a affirmé à l’AFP que la fermeture serait liée à des accusations de coopération avec l’organisation palestinienne de défense des droits humains Al-Dameer, infondées selon la source. « Attaquer l’association Tadamon, c’est attaquer tous les pauvres de notre peuple », a condamné le gouverneur de Naplouse, Ghassan Daghlas, en s’adressant à des journalistes sur place.
« Nous disons à l’occupation [israélienne] que cette politique est vouée à l’échec, le service rendu à notre peuple ne dépend pas de bureaux, nous continuerons à servir notre population dans toutes les ruelles, les rues, les zones rurales et les camps » de réfugiés, a-t-il ajouté.
Israël mène régulièrement des opérations contre des organisations palestiniennes qu’il accuse d’entretenir des liens avec des groupes armés ou de financer des activités considérées comme portant atteinte à sa sécurité. Ces accusations ont été contestées par les organisations concernées.
L’ONU s’alarme de la précarité de l’UNRWA
Le secrétaire général de l’ONU s’est alarmé mardi au sujet de la situation, « de plus en plus précaire », de l’UNRWA, l’agence pour les réfugiés palestiniens, alors que les conditions de vie de millions de Palestiniens sont « en jeu ».
Antonio Guterres a décrit, lors d’une conférence des donateurs de l’agence onusienne, les conditions de vie « absolument effroyables » à Gaza, l’expansion de la colonisation, les violences des colons israéliens en Cisjordanie et les conséquences des frappes israéliennes au Liban.
Malgré ce contexte, « la situation de l’agence est de plus en plus précaire. Elle fait face à des restrictions de grande ampleur dans les territoires palestiniens occupés et à un manque de liquidités qui met en danger son travail dans toute la région », a-t-il déploré. « Je suis consterné par les efforts continus pour marginaliser et saper l’UNRWA, via la désinformation, des campagnes diffamatoires, des actions législatives, des restrictions opérationnelles, des obstacles diplomatiques et plus encore », a-t-il ajouté, en rappelant que plus de 390 employés de l’agence ont été tués à Gaza depuis le 7 octobre 2023.
Face à l’insuffisance de financements, l’UNRWA a déjà dû réduire ses services depuis le début de l’année. « Toute nouvelle réduction pourrait faire basculer la situation au-delà du point de rupture », a alerté Antonio Guterres.