Les leçons du passé ont-elles été retenues ? Politico semble en douter. S’il va falloir du temps pour établir un bilan définitif, “les températures exceptionnelles qui ont frappé l’ouest du continent cette semaine auront causé la mort de centaines, voire de milliers de personnes, craint l’édition européenne du média, plus de deux décennies après que l’été meurtrier de 2003 eut alerté les gouvernements sur les dangers de la canicule”.
Comme le rapporte El Periódico, la récente canicule a notamment causé la mort d’au moins 212 personnes en Espagne, entre le 21 et le 25 juin. En France, relaie le quotidien britannique The Guardian, on dénombrait au moins 55 morts par noyade liées à la chaleur, quatre enfants décédés d’hyperthermie et des dizaines de morts dans les services d’urgences. Le 26 juin, l’ARS Île-de-France a annoncé déclencher le plan blanc dans tous les établissements de santé de la région.
Alors que la canicule d’une ampleur inédite survenue il y a 23 ans a causé une surmortalité de l’ordre de 70 000 décès, le sujet s’est imposé comme une urgence. Pourtant, “le nombre de décès liés à la canicule atteint encore plusieurs dizaines de milliers chaque année” en Europe et selon les estimations, il est “disproportionnellement élevé par rapport à d’autres régions du monde”, poursuit Politico.
Population vieillissante et mesures insuffisantes
Pour l’expliquer, le site bruxellois rappelle que la climatisation reste peu répandue en Europe, y compris dans les établissements de santé. Or, “selon une étude de 2007, la climatisation permettrait de réduire de 75 % les décès liés à la chaleur”, relève CBS News, alors que seulement 20 % des Européens en sont équipés, contre 90 % des Américains. Le site de la chaîne new-yorkaise ajoute que la climatisation s’avère particulièrement efficace pour protéger les plus de 65 ans.
L’Europe a justement une population vieillissante, et donc plus à risque. “Le nombre de personnes âgées, qui sont plus vulnérables aux effets de la canicule, a augmenté d’environ 40 % au cours des deux dernières décennies, selon le magazine Time. De plus, de nombreux systèmes de santé européens sont déjà à bout de souffle, même en l’absence de phénomènes météorologiques extrêmes”.
Au-delà de la climatisation, dont l’usage fait débat, notamment, pour des raisons environnementales, “les mesures prises pour protéger les Européens face à des étés de plus en plus chauds sont bien en deçà de ce qu’elles devraient être”, constate Politico. Le site prend l’exemple du bâtiment, avec des habitations pensées, du moins en Europe du Nord, pour retenir la chaleur l’hiver plutôt que le froid l’été. Le quotidien suisse Le Temps rappelle “l’inadaptation des logements” en France, où budgets contraints et politique “court-termiste” risquent d’entraîner, par exemple, la remise en location de “passoires thermiques”.
Pour expliquer l’importante surmortalité européenne, il existe enfin une tendance de fond : le Vieux Continent se réchauffe deux fois plus vite, en moyenne, que le reste du monde. En 2025 − la troisième année la plus chaude depuis qu’il existe des relevés −, la quasi-totalité de l’Europe (au moins 95 % du territoire) a connu des températures annuelles supérieures à la moyenne calculée sur la période 1991-2020.
Les ventilateurs pourraient empirer la situation lorsque la température ambiante dépasse 35 °C
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