Première femme à occuper le poste de président du Conseil, première politique d’extrême droite à prendre les rênes de l’Italie et désormais leader du gouvernement le plus long de l’histoire. Vendredi 4 septembre, Giorgia Meloni va ajouter un nouveau “record” à son palmarès. Son exécutif, entré en fonction en octobre 2022, va atteindre les mille quatre cent treize jours d’existence sans le moindre remaniement. Voilà qui en fera le gouvernement le plus long de l’histoire républicaine de l’Italie, commencée en 1946. Pour quel bilan ?
“La stabilité est une bonne chose en soi, elle garantit de la crédibilité sur les marchés”, reconnaît le centriste Corriere della Sera, soulignant que la bonne gestion des comptes publics permet à Rome de rassurer les investisseurs.
“Un interlocuteur politique respecté”
En ce sens, le média milanais rappelle la “spectaculaire” diminution de la différence de rendement entre les obligations d’État vendues par l’Italie et l’Allemagne. “La fourchette s’est réduite de presque deux tiers depuis l’arrivée de Meloni, ce qui témoigne du sentiment de fiabilité que ces quatre années ont insufflé aux acteurs du marché”, tranche le quotidien le plus lu du pays.
Stabilité a aussi été le maître mot en matière de politique étrangère. Un domaine où Meloni, célèbre le média de droite Il Giornale, “a su maintenir sa ligne atlantiste, en soutenant l’Ukraine”. Plus “institutionnelle”, la présidente du Conseil est devenue “un interlocuteur politique respecté”, estime le quotidien conservateur, ce qui n’était pas gagné vu les inquiétudes qui avaient accompagné son arrivée au pouvoir.
Oui, mais voilà : figure politique de la droite dure, Meloni n’a pas été élue pour apporter de la stabilité, mais plutôt “grâce à ses promesses sur la sécurité et l’immigration, et sur ces points, le gouvernement n’a pas pu délivrer ce qu’il avait promis”, pointe et critique cette fois le Corriere della Sera. Au-delà des chiffres sur les débarquements ou sur les délits, réfléchit l’éditorialiste du journal, ce qui compte, “c’est le ressenti, l’état d’âme du pays”. Et l’Italie n’a pas du tout l’impression d’avoir progressé sur ces thèmes.
La menace Vannacci
Il en va de même pour l’économie, où les bilans comptables pèsent peu aux yeux des électeurs, quand les problèmes de fond “tels le climat défavorable aux entreprises, ou les bas salaires” demeurent. Et ce, malgré l’énorme injection de fonds européens dont a pu bénéficier l’Italie grâce au plan de relance post-Covid.
Ce sont peut-être ces ombres plus que les lumières qui ont poussé Meloni à annoncer une grande célébration de son record, analyse La Repubblica. L’objectif, théorise le quotidien d’opposition, serait de recréer “un climat de lune de miel”, avec les électeurs pour les éloigner de la tentation de se tourner vers “le populiste d’extrême droite Roberto Vannacci”.
Un ex-général de l’armée qui, en l’espace de quelques mois seulement, a déjà déstabilisé les équilibres de la coalition conservatrice, comme n’avait jamais réussi à faire l’opposition de gauche. Voilà qui rend encore plus pertinente la question que se pose depuis Rome Il Messaggero : “La résilience de ce gouvernement est-elle le symptôme de sa force ou de la faiblesse d’autrui ?”
Mais pourquoi tant de pays songent-ils soudain à renvoyer des migrants vers l’Italie ?
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !