Le grand panneau publicitaire trône au beau milieu de la gare de Milan, à la vue de tous les passagers. On y voit un train, dessiné avec une esthétique qui rappelle les affiches de la dictature fasciste, au-dessus duquel apparaît la phrase “Quand elle était là”, écrit en très grandes lettres, et suivie d’une sentence implacable : “Les trains arrivaient en retard”.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire de l’Italie, la référence peut paraître obscure. Mais elle ne l’est pas du tout pour un Transalpin. “Quand il était là, les trains arrivaient à l’heure” est une phrase souvent prononcée par les Italiens lorsqu’ils veulent se moquer des nostalgiques du fascisme pour qui tout fonctionnait mieux du temps de la dictature. Le “il” non explicité est bien entendu Benito Mussolini, et, dans l’affiche en question, ce “elle” paraît tout aussi évident. Il désigne Giorgia Meloni et laisse entendre que, depuis son arrivée au gouvernement, les trains n’arrivent plus à l’heure. Mais d’où vient cette affiche moqueuse ?

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“Cette campagne publicitaire provocatrice a été lancée par Italia Viva pour attaquer le gouvernement et pour chercher à obtenir des fonds pour financer le parti”, dévoile depuis Milan le Corriere della Sera. Italia Viva est un parti centriste créé par l’ancien Premier ministre Matteo Renzi, qui plafonne à 2-3 % des intentions de vote et qui devrait intégrer la coalition de centre gauche lors des prochaines élections en 2027.

La publicité a été projetée dans plusieurs gares italiennes, et d’autres affiches déclinant le même slogan avec d’autres phrases décrivant les problèmes de l’Italie ont également été repérées par la presse : “On payait plus d’impôts” ; “Les jeunes fuyaient à l’étranger” ; “L’essence et les courses étaient plus chères” ; “On était moins en sécurité”, liste le site d’information Il Post.

La campagne est complétée par une vidéo ironique publiée sur la chaîne YouTube de Matteo Renzi, imitant le style d’un journal télévisé de l’époque fasciste. Celui-ci décrit sur un ton solennel et fier, typique des petits films de propagande des années 1930, un pays (gouverné par Meloni) en proie à une situation catastrophique.

Giorgia Meloni “furieuse” ou amusée ?

Comparer une personnalité politique contemporaine à Mussolini, même sur un ton ironique, n’est pas une mince affaire dans un pays qui a vécu sous le joug de la dictature pendant deux décennies. Mais la question est d’autant plus sensible lorsque la personne visée est Giorgia Meloni. Dans sa jeunesse, en effet, la dirigeante nationaliste ne cachait pas ses sympathies néofascistes, et encore aujourd’hui certains lui reprochent de ne pas en faire assez pour se prendre explicitement ses distances avec ce passé.

Selon le quotidien libéral La Stampa, en tout cas, la Première ministre n’a pas du tout apprécié la moquerie et elle serait “furieuse”. Pis, à en croire le média turinois, “Giorgia Meloni a demandé des explications au ministère des Transports, et Fratelli d’Italia [son parti] aurait fait la même chose avec Ferrovie dello Stato [la compagnie nationale des chemins de fer]”, qui aurait pu contrôler les publicités dans les gares.

Face à ces révélations, Giorgia Meloni a finalement décidé de sortir de son silence, non pour s’indigner de la campagne, mais plutôt de l’article de La Stampa, en écrivant une lettre à son directeur pour nier toute pression vis-à-vis du ministère des Transports ou de Ferrovie dello Stato. Mieux, la Première ministre assure avoir “trouvé la campagne très efficace d’un point de vue communicationnel”, avant de conclure en envoyant une pique bien sentie à Matteo Renzi. “Lui aussi ‘a été là’, mais ensuite, plus personne n’a voté pour lui. Mais ça, c’est une autre histoire.”