Quand Mehmet Sasik a décroché son téléphone, vendredi 21 août, il a d’abord cru à une bonne nouvelle. « La personne s’est présentée au nom du parti [le DEM, Parti de l’égalité des peuples et de la démocratie, prokurde]. Nous sommes en plein processus de paix, j’ai rassuré ma mère en lui disant que c’était forcément de bon augure », raconte le quadragénaire, prostré, dans un filet de voix.
L’un de ses jeunes frères, Hakan, avait disparu du jour au lendemain en 2014. « Pendant plus de vingt-quatre heures, nous n’arrivions plus à le joindre. On a d’abord pensé à un accident, car Istanbul est une grande ville… Puis on nous a dit au commissariat qu’il avait rejoint le PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan, ayant mené une lutte armée et considéré comme une organisation terroriste par Ankara] », poursuit-il. De leur enfance à Kars, ville du nord-est de la Turquie, Mehmet Sasik se souvient des violentes intrusions de soldats de l’armée à leur domicile, dans les années 1990.
La famille avait ensuite déménagé à Istanbul, dans l’arrondissement périphérique d’Arnavutköy, sur la rive européenne de la mégapole. « Hakan était révolté par les injustices dont il était témoin. (…) Son engagement n’était pas complètement une surprise. Je respecte son choix », assure-t-il, le regard vide. Mis à part la rumeur d’une blessure à l’oreille, Mehmet n’a plus jamais eu de nouvelles de son frère en douze ans d’absence.
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