L’énergie solaire est désormais la première source d’électricité durant les mois d’été en Europe. Mais le développement accéléré de cette technologie “de la Sicile à la Laponie” se heurte désormais à un problème nouveau, constate Bloomberg : les réseaux “n’ont pas suivi le rythme” et ils sont pour le moment incapables d’absorber les pics de production.

Avec l’allongement des journées, la pleine saison du solaire a débuté et les nouvelles capacités installées au cours de l’année passée ont permis d’accroître la production. “Des records ont déjà été battus sur les principaux marchés du continent, notamment en Allemagne, au Royaume-Uni et en France. D’autres records sont attendus.”

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Dans les mois à venir, la production va donc à nouveau dépasser les besoins et des opérateurs vont être contraints d’arrêter leurs centrales pendant plusieurs heures lors des journées ensoleillées – c’est ce qu’on appelle l’“écrêtement”. Dans les mois à venir, environ 40 térawattheures (ou, si l’on préfère, 40 milliards de kilowattheures), “soit l’équivalent de la consommation annuelle du Grand Londres”, pourraient être ainsi perdus.

1 200 milliards d’euros d’investissements

La saturation des réseaux a des conséquences à la fois pour les consommateurs et pour les producteurs, souligne le média américain.

Les premiers ont déjà financé les subventions qui ont alimenté l’essor du solaire, ils risquent de devoir financer aussi les indemnités versées aux producteurs priés de réduire leur production. Les seconds voient fondre leur rentabilité dès que les prix de l’électricité deviennent négatifs, ce qui se produit chaque fois que la production est au plus haut alors que la demande reste inférieure à la normale. “Cette année, c’était le cas à Pâques comme au 1er mai, jour férié dans de nombreux pays européens.”

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Le phénomène s’aggrave, alerte Bloomberg. En Espagne, environ 16 % de la production d’énergie solaire a dû être “écrêtée” au premier trimestre, soit deux fois plus qu’en 2025. En Allemagne, ce taux est passé en un an de 7 % environ à 13 %.

Pour les entreprises publiques et les gouvernements européens, le vrai défi n’est donc plus de développer les capacités de production “mais de se concentrer sur les domaines qui ont pris du retard, tels que le renforcement des réseaux et le développement des batteries”. La Commission européenne a évalué le montant des investissements à réaliser d’ici à 2040 pour mettre à niveau les réseaux et les capacités de stockage : ils se chiffrent à environ 1 200 milliards d’euros.

Des investissements dont la guerre en Iran, qui fait craindre une nouvelle crise énergétique, met en évidence le caractère crucial pour les pays européens, encore beaucoup trop dépendants des énergies fossiles importées. En attendant, une grande quantité d’électricité “propre” continuera chaque été d’être gaspillée.