L’ex-candidat d’extrême droite à la présidentielle au Brésil, Flavio Bolsonaro, qui a quitté le pays après sa défaite, a justifié vendredi 30 octobre sa fuite par une « persécution » dont il se dit victime. « La persécution a commencé même plus tôt que je ne l’imaginais », a déclaré le sénateur lors d’un direct sur Instagram, où il est revenu sur sa décision de fuir le Brésil pour les Etats-Unis via l’Argentine et l’Equateur.
Dans cette vidéo, M. Bolsonaro a raconté que lundi, en sortant d’une visite à son père assigné à résidence, l’ancien président Jair Bolsonaro, la police l’avait informé qu’on lui retirait ses passeports dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de blanchiment d’argent. « Les yeux pleins de larmes, il m’a dit : “Tu sais déjà où ils veulent en venir avec ça, non ?” », a-t-il confié. « Je lui ai dit : “Papa, je sais déjà (…). Maintenant je sais ce que je dois faire” », a-t-il ajouté.
Flavio Bolsonaro n’a pas donné de détails sur la manière dont il a quitté le pays, mais il a assuré avoir pris sa décision avec son épouse « sans que personne ne le sache », et a demandé de ne « pointer du doigt personne ».
« Je ne suis pas sorti du Brésil, je suis sorti pour le Brésil », a clamé le candidat malheureux, qui n’a pas reconnu sa défaite surprise au second tour face au président sortant de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva, et crié à la fraude électorale, malgré les démentis de son propre camp et de la justice.
M. Bolsonaro est arrivé en Floride à bord d’un jet privé mercredi, au terme d’un périple rocambolesque passant par l’Argentine et l’Equateur. Selon un document de vol consulté par l’Agence France-Presse (AFP), il a embarqué avec un passeport italien à son nom. L’avion qui l’a transporté aurait par ailleurs été payé par un intermédiaire à partir d’un compte bancaire américain, selon une confidence à l’AFP de Luis Grande, le patron de la compagnie aérienne concernée.
Dans sa vidéo, l’ex-candidat a comparé les irrégularités supposées du scrutin à des « buts de la main » non annulés par la VAR, sans étayer ses accusations. Il a prédit que l’économie du Brésil allait « faire faillite » sous Lula et s’est dit prêt à se présenter à nouveau à la présidence. « Je ne parle pas de 2030, je parle d’avant », a-t-il dit en évoquant la date de la prochaine présidentielle.
Le Brésil demande des explications
Les gouvernements des présidents américain, Donald Trump, et argentin, Javier Milei, ont été sommés d’expliquer le rôle de leurs pays dans la fuite. Jeudi, le ministère des affaires étrangères brésilien a convoqué la représentante de l’ambassade d’Argentine à Brasilia pour qu’elle « donne des explications » après le passage de Flavio Bolsonaro par le territoire argentin.
Selon la direction argentine des migrations, le fils Bolsonaro a embarqué mardi soir dans un avion privé à Puerto Iguazu, quarante minutes après être entré en Argentine par voie terrestre depuis la toute proche frontière brésilienne. Un haut responsable du gouvernement argentin a réfuté une quelconque irrégularité dans son passage.
Aux Etats-Unis, un groupe de parlementaires démocrates a demandé à l’administration Trump de fournir des explications, selon une lettre diffusée vendredi par l’une des signataires, la députée Sydney Kamlager-Dove. « La question centrale est simple : le département d’Etat, l’ambassade des Etats-Unis au Brésil ou toute autre agence du gouvernement américain ont-ils aidé le sénateur Bolsonaro à voyager aux Etats-Unis ou à entrer dans le pays (…) ? », peut-on lire dans cette lettre. Jeudi, le président américain avait qualifié le scrutin présidentiel brésilien de « honteux ».
La défaite de M. Bolsonaro a sonné la droite brésilienne, qui croyait la victoire à portée de main après être arrivée en tête au premier tour. Mercredi, peu après son arrivée en Floride, il s’était présenté comme le véritable « leader » du Brésil dans une lettre publiée sur les réseaux sociaux. Cette lettre a suscité la réprobation dans son pays, jusque dans son camp. Jeudi, Valdemar Costa Neto, le président du Parti libéral, la formation de la famille Bolsonaro, a affirmé que « personne n’approuvait » la lettre du sénateur. Il venait de rendre visite à Bolsonaro père.