En direct Dimanche 28 Juin 2026
Géopolitique

Géopolitique et climat : quelles relations ? Entretien avec P. Blanc

Quelle est l'idée reçue la plus inexacte qui circule sur le lien entre climat et conflits ? En matière climatique, pourquoi la qualité des institutions semble-t-elle décisive ? Comment s'articulent climato-scepticisme et intérêts économiques à courte vue ? Quel est le fait géopolitique et

Géopolitique et climat : quelles relations ? Entretien avec P. Blanc
HaitiCreoleRadio.com

Axelle Ladent (A. L.) : Quelle est l’idée reçue la plus inexacte qui circule aujourd’hui sur le lien entre climat et conflits ?

Pierre Blanc (P. B.) : L’idée reçue la plus inexacte qui circule aujourd’hui sur le lien entre climat et conflits est d’affirmer que des accidents climatiques sont la cause directe de conflits. Ce lien a été opéré dans certaines guerres récentes, que ce soit dans certains articles de presse ou dans certaines hautes instances. Particulièrement ciblés ont été celui du Darfour soudanais entre 2003 et 2005 et la guerre civile en Syrie démarrée en 2011. On retrouve avec le climat une tendance fréquemment observable qui consiste à faire d’une variable le tout de l’explication des phénomènes. Quand on adopte une approche par la chronique des évènements, cette dimension est assez vite relativisée car la chaine de causalités est complexe autant que diverse

Certes dans les deux situations - Darfour soudanais et Syrie - une dégradation climatique a coïncidé avec le début des hostilités mais l’observation dans le détail laisse entrevoir une combinaison de causes où la dimension politique a été particulièrement déterminante.

Si au Soudan le pouvoir a utilisé les milices Janjawid composées de pasteurs contre les populations noires d’agriculteurs, c’est bien parce que celles-ci voulaient sortir de leur marginalité politique en faisant prévaloir un certain irrédentisme. Or le gouvernement de Khartoum ne voyait pas d’un bon œil leur revendication alors que cette région révélait sa richesse en pétrole. En pareille situation, Khartoum a pu s’appuyer sur certains groupes arabes du Darfour qui étaient de plus en plus en compétition avec des agriculteurs noirs, cela dans un contexte d’accroissement démographique, mais aussi, effectivement, de détérioration déjà ancienne du climat dans la zone. 

La nature des institutions constitue un facteur aggravant ou au contraire un amortisseur des crises climatiques.

En Syrie, une sécheresse de plus de quatre années a aussi été rapprochée directement de la guerre civile dans la foulée du soulèvement populaire de mars 2011. Assurément, une crise agraire a déplacé nombre de paysans au nord-est du pays vers les villes du pays. Mais il faut tout de suite ajouter que les sécheresses ne sont pas, tant s’en faut, exceptionnelles dans ce pays, sans que des épisodes précédents aient déclenché quoi que ce soit. Quand on considère les slogans au début soulèvement, ils pointaient l’autoritarisme brutal ainsi que la prédation économique du régime Assad. Il faut d’ailleurs ajouter que les paysans syriens avaient vu leur sort se dégrader en amont de la sécheresse, du fait de la libéralisation de ce secteur longtemps considéré comme un pilier du régime. Les effets de la sécheresse furent donc décuplés par cette libéralisation préalable, mais aussi du fait de la non-industrialisation du pays qui avait conduit les nombreux paysans à rester assignés à des exploitations de plus en plus petites.

Géopolitique et climat : quelles relations ? Entretien avec P. Blanc
Pierre Blanc
Article précédent Les hauts et les bas de la première phase de la Coupe du mon… Article suivant Achoura 2026 et la bataille des imaginaires au Moyen-Orient

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

0 / 2000 caractères

Aucun commentaire. Soyez le premier !