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Haïti : le banditisme comme système politique, économique et électoral

Par Reynoldson Mompoint Port-au-Prince, le 12 mai 2026 Depuis plus de dix ans, Haïti ne vit pas simplement une montée de l’insécurité. Le pays subit l’installation méthodique d’un système de domination où le banditisme armé est devenu un instrument de contrôle politique, économique e

Haïti : le banditisme comme système politique, économique et électoral
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12 mai 2026
Haïti : le banditisme comme système politique, économique et électoral
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Haïti : le banditisme comme système politique, économique et électoral

  • by Rezo Nodwes
  • 12 mai 2026
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Par Reynoldson Mompoint

Depuis plus de dix ans, Haïti ne vit pas simplement une montée de l’insécurité. Le pays subit l’installation méthodique d’un système de domination où le banditisme armé est devenu un instrument de contrôle politique, économique et social. Les enlèvements, les massacres populaires, les incendies criminels, les déplacements forcés, les rançons imposées aux familles, les taxes illégales sur les routes nationales et la destruction des quartiers populaires ne sont pas des accidents de parcours. Ils constituent les rouages d’une mécanique pensée, financée, entretenue et exploitée par des acteurs bien identifiés : une partie de la classe politique au pouvoir comme dans l’opposition, ainsi que des segments du secteur économique dit “revendeur”.

Le banditisme en Haïti n’est plus une simple criminalité de rue. Il est devenu une gouvernance parallèle. Une économie de guerre. Un marché de la peur.

Au lendemain de la chute des grands régimes autoritaires, Haïti espérait construire un État démocratique. Mais progressivement, la faiblesse institutionnelle a ouvert la voie à une pratique plus dangereuse : l’utilisation des groupes armés comme bras opérationnels des ambitions politiques. Des politiciens ont compris qu’il coûtait moins cher de financer des gangs que de construire des institutions solides. Des gouvernants ont utilisé des chefs armés pour contrôler des territoires électoraux, réprimer des adversaires ou imposer leur autorité dans les quartiers populaires. En retour, ces groupes recevaient argent, armes, protection judiciaire et couverture politique. Mais l’opposition n’est pas innocente dans cette tragédie nationale. Plusieurs figures opposantes ont également entretenu des alliances avec des groupes armés afin de déstabiliser les pouvoirs en place, bloquer les activités économiques, organiser des mouvements insurrectionnels ou créer un climat de chaos favorable à des négociations politiques.

Ainsi, le peuple haïtien s’est retrouvé pris entre deux mafias : celle du pouvoir et celle de l’opposition. Toutes deux utilisant les mêmes méthodes, les mêmes hommes armés, les mêmes réseaux de corruption. Le bandit devient alors un acteur politique. Il n’est plus un hors-la-loi ; il devient un partenaire stratégique.

Pendant longtemps, une partie du secteur économique haïtien s’est présentée comme victime de l’insécurité. Pourtant, derrière les discours officiels, plusieurs indices démontrent que certains acteurs économiques ont participé directement ou indirectement au financement du système criminel.

Dans un pays où l’État est faible, les grands monopoles prospèrent plus facilement. Les périodes d’instabilité permettent certaines manipulations : spéculation sur les produits de première nécessité, contrôle des circuits d’importation, augmentation artificielle des prix, contrebande, blanchiment d’argent et évasion fiscale. Des hommes d’affaires ont financé des groupes armés pour protéger leurs intérêts commerciaux, intimider des concurrents, contrôler des axes routiers ou influencer des décisions politiques. Certains chefs de gangs sont devenus les gardiens des ports clandestins, des routes de contrebande et des trafics illégaux.

Le banditisme s’est alors transformé en industrie. Une industrie où les pauvres meurent pendant que les élites politiques et économiques négocient leur survie dans des salons climatisés.

La dernière décennie restera marquée par des massacres d’une brutalité insoutenable dans plusieurs quartiers populaires du pays. Femmes violées, enfants brûlés vifs, vieillards exécutés, maisons incendiées, familles entières décimées. Derrière chaque massacre, il existe presque toujours une bataille de pouvoir. Contrôle territorial. Intérêts électoraux. Règlements de comptes politiques. Domination économique.

Les quartiers populaires sont devenus des laboratoires de terreur. Les populations civiles servent d’otages collectifs. On tue pour envoyer un message. On incendie pour provoquer des déplacements. On massacre pour imposer le silence. Et pendant ce temps, l’appareil judiciaire demeure pratiquement absent. Très peu de procès. Très peu d’enquêtes sérieuses. Très peu de condamnations. L’impunité devient alors un encouragement au crime.

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