Judit Polgar, ex-championne d’échecs hongroise, a refusé, lundi 20 juillet, la proposition de son premier ministre, Péter Magyar, de devenir présidente de la République, un poste devenu vacant après un amendement constitutionnel adopté au cours de la semaine dernière. « Je ne me sens pas la force d’assumer la responsabilité historique de rassembler une nation divisée, et je ne peux donc pas accepter cette invitation », a publié sur les réseaux sociaux Mme Polgar, considérée comme la plus grande joueuse de l’histoire des échecs.
« Notre pays a besoin d’unité, de paix et d’un président dont tous les Hongrois puissent être fiers », avait déclaré M. Magyar sur Facebook plus tôt dans la journée, précisant qu’il devait rencontrer Mme Polgar afin de lui demander si elle était prête à exercer cette fonction jusqu’à l’adoption d’une nouvelle Constitution.
Femme de consensus peu associée aux partis, Judit Polgar, 49 ans, jouit d’une notoriété exceptionnelle en Hongrie. Elle a été numéro un mondial féminin d’échecs pendant plus d’un quart de siècle et demeure la seule femme à avoir intégré le Top 10 mondial.
Nouvelle étape
Elevée avec ses sœurs pour devenir championne dans le cadre de la méthode pédagogique développée par leur père, elle a souvent raconté avoir dû surmonter les préjugés sexistes du monde des échecs. Elle a remporté des victoires retentissantes contre plusieurs champions du monde masculins, dont le Russe Garry Kasparov en 2002. Retirée de la compétition depuis 2014, elle s’est tournée vers l’éducation et la promotion des échecs auprès des jeunes, une activité qui lui a valu une image largement consensuelle dans la société hongroise.
Son parcours a souvent été rapproché de celui de l’héroïne de la série à succès de Netflix Le Jeu de la dame (The Queen’s Gambit), dont elle avait salué auprès de l’Agence France-Presse, en 2020, la fidélité à l’univers des échecs.
L’annonce intervient après que le président Tamas Sulyok, proche de l’ancien premier ministre nationaliste, Viktor Orban, a fini par accepter, samedi, de signer l’amendement constitutionnel adopté lundi dernier par le Parlement qui met fin à son mandat de manière anticipée. Ce texte a été présenté par le dirigeant conservateur comme une étape de son projet visant à démanteler le système mis en place par Viktor Orban afin de verrouiller les institutions du pays. Ancien président de la Cour constitutionnelle, Tamas Sulyok était peu connu du public avant d’être élu par le Parlement pour un mandat de cinq ans en 2024.