Le Portugal se prépare au pire. À partir de ce vendredi 15 mai, son plan national de lutte contre les incendies ruraux franchit un nouveau cap, avec le déclenchement de la phase “Bravo”. Concrètement, son dispositif est renforcé avec près de 12 000 agents mobilisés et 2 600 véhicules, ainsi que 37 moyens aériens. Pour la première fois, deux hélicoptères Black Hawk de l’armée de l’air participeront directement aux opérations, rapporte Expresso.
Le dispositif montera encore en puissance à partir de juin, puis atteindra son niveau maximal entre juillet et septembre avec plus de 15 000 agents et 81 moyens aériens mobilisés dans tout le pays. Car l’urgence se fait déjà sentir et “les premiers mois de l’année sont loin d’être rassurants”, annonce l’hebdomadaire dans son édition papier ce vendredi :
“Jusqu’au 15 avril, la gendarmerie a enregistré 1 665 incendies ruraux ayant ravagé 7 675 hectares, notamment à cause du manque d’entretien des forêts et des brûlages non contrôlés. C’est plus du double que l’an passé à la même période.”
“Une forte démotivation dans les casernes”
À l’approche de leur retour au front, les pompiers, de leur côté, dénoncent dans les colonnes d’Expresso un manque de moyens et des tensions salariales. Ils témoignent d’une “forte démotivation dans les casernes”. Par ailleurs, des doutes subsistent quant à l’efficacité sur le terrain des nouveaux hélicoptères Black Hawk.
Le gouvernement, lui, mise sur une réaction rapide durant les quatre-vingt-dix premières minutes d’un incendie, avec davantage de moyens aériens, notamment de drones, et d’outils technologiques. Récemment, le ministre de l’Intérieur, Luís Neves, cité par Público, relayait la préoccupation des autorités et leur plan d’action :
“L’été s’annonce terrible et pourrait être extrêmement difficile […]. Il faut couper la végétation, nettoyer les terrains et dégager les voies d’accès.”
Au total, 40 000 hectares sont encore à débroussailler. Aussi, selon le ministre, “10 000 kilomètres de routes, de chemins ruraux, de pare-feu et de terrains à nettoyer ont été identifiés, et en une semaine, 3 000 kilomètres ont déjà été nettoyés, soit pratiquement un tiers”.
Protéger les forêts
Face au risque accru lié aux fortes pluies, à l’accumulation de végétation et aux milliers d’arbres tombés après les tempêtes hivernales, le gouvernement appelle les propriétaires à défricher rapidement autour de leurs habitations. Aussi vient-il de relancer un dispositif inédit, constate le Jornal de Negócios : les terrains ruraux sans propriétaire identifié pourront être enregistrés provisoirement au nom de l’État.
Créée après les feux meurtriers de Pedrógão Grande en 2017 mais jamais appliquée, la mesure vise à retrouver, géolocaliser et entretenir des milliers de parcelles abandonnées, souvent transmises sans enregistrement officiel. L’État se propose même d’enregistrer au cadastre tous les terrains gratuitement jusqu’à septembre, et donc d’épargner ces coûts aux propriétaires.
Après une période de cent quatre-vingts jours, les terrains sans propriétaire connu passeront sous gestion publique pendant quinze ans, notamment via l’entreprise forestière publique Florestgal. Les propriétaires légitimes pourront encore les réclamer durant ce délai. Passé ce cap, les terres intégreront définitivement le patrimoine privé de l’État. Objectif affiché : lutter contre l’abandon rural et limiter l’extension des incendies.
Dans un second article, le quotidien économique annonce que le Portugal vient aussi de lancer une procédure simplifiée pour fusionner plusieurs petits terrains ruraux en une seule propriété plus grande. Le dispositif passe par la plateforme numérique BUPi, créée pour moderniser le cadastre portugais et réduire le morcellement des terres héritées sur plusieurs générations, souvent sans cadastre clair. L’un des principaux problèmes du Portugal rural pour le défrichage et la prévention des feux.
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