Les forces allemandes vont participer « au cours de l’année » à un exercice nucléaire français pour la première fois de leur histoire, ont affirmé, vendredi 17 juillet, Friedrich Merz et Emmanuel Macron, dans une déclaration conjointe à l’issue du dernier conseil des ministres franco-allemand (CMFA) du président français, qui s’est tenu à Brühl, dans l’ouest de l’Allemagne.
Ce pas symbolique vers une « dissuasion européenne », que les deux pays appellent de leurs vœux, passe par cette participation à la dissuasion nucléaire dite « avancée », mais aussi par « le déploiement d’un Rafale des forces aériennes stratégiques françaises » auprès de l’armée allemande, ont-ils ajouté.
Les retrouvailles entre la dizaine de ministres de chaque pays ont eu lieu au château d’Augustusburg, à Brühl, un lieu « symbole de la réconciliation entre les deux pays », s’est félicité Emmanuel Macron lors de leur conférence de presse. C’est là que Konrad Adenauer et Charles de Gaulle s’étaient mis d’accord, au début des années 1960, pour un traité d’amitié franco-allemand qui a posé les bases de la coopération actuelle.
A moins d’un an de son départ de l’Elysée, après une présidentielle pour laquelle Marine Le Pen fait pour l’heure figure de favorite, il est urgent pour Emmanuel Macron de faire progresser les dossiers de défense européenne avec le meilleur allié de Paris. L’objectif, dans ce « moment de défi » pour l’Europe, a déclaré le président français lors de leur conférence de presse commune, est de « créer de l’intimité stratégique » entre la France et l’Allemagne par « des exercices conjoints, des éléments conjoints de partenariat », afin de « créer de l’incertitude chez nos adversaires ».
« Tirer une conséquence » de l’échec du SCAF
L’état du « monde actuel exige de nouvelles réponses », a prolongé M. Merz, soulignant qu’une offre de participer à la dissuasion nucléaire française avait déjà été faite par le général de Gaulle, et alors refusée. « On ira pas à pas, c’est possible que ça aboutisse à une nouvelle doctrine, mais c’est trop tôt aujourd’hui », a-t-il ajouté. La France, seule puissance nucléaire de l’UE, doit toutefois rester maîtresse de la décision ultime d’engagement du feu nucléaire.
Sur la base aérienne de Nörvenich, près de Cologne, vendredi matin, Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont confirmé vouloir « redonner une nouvelle dynamique » à l’axe franco-allemand, a reconnu M. Macron, un mois après l’enterrement du projet du Système de combat aérien du futur (SCAF), sur fond de rivalités industrielles entre l’Européen Airbus et le Français Dassault. Ils ont tenu le conseil franco-allemand de défense et de sécurité (CFADS) sur ce site militaire.
Selon Emmanuel Macron, Paris et Berlin ont « tiré une conséquence » de « l’échec du Scaf » en réorientant leur stratégie de défense commune vers des projets « beaucoup plus resserrés » où les responsables politiques doivent se rapprocher des industriels pour « ne pas laisser dériver » ces projets.
« Cette coopération vient compléter, sans s’y substituer, la dissuasion nucléaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord [OTAN] », un point sur lequel Berlin insiste régulièrement, poursuivent les deux premières puissances de l’UE. Elle « contribuera à renforcer la dissuasion en Europe et à accroître la sécurité » du continent, tout en respectant les « obligations juridiques internationales des deux pays », écrivent encore les deux pays.
Des divergences qui demeurent
La dissuasion nucléaire dite « avancée » impliquera d’associer huit pays européens, dont l’Allemagne, pan du « réveil stratégique européen » qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux. Pour illustrer ce rapprochement, les deux chefs sont arrivés ensemble à Nörvenich à bord d’un Super Puma, hélicoptère de transport symbole d’une coopération franco-allemande réussie en matière d’industrie de défense.
La défense antiaérienne était jusqu’ici une pierre d’achoppement, l’Allemagne militant pour son initiative European Sky Shield (ESSI), un bouclier antiaérien européen reposant largement sur des systèmes américains (Patriot) et israélo-américains (Arrow 3), tandis que la France prône le développement de solutions européennes.
Une énième illustration des divergences en la matière. Car si Paris et Berlin sont sur la même ligne dans leur soutien militaire à l’Ukraine et sur la nécessité d’un réarmement européen, les dissensions stratégiques, technologiques ou industrielles font prendre à chaque nouveau projet un air de chemin de croix.
Ainsi le projet de char du futur MGCS est-il présenté par certains comme fragilisé depuis l’arrivée de l’allemand Rheinmetall et des désaccords sur la conception du véhicule. Quant au SCAF, qui devait remplacer à l’horizon 2040 les avions de combat Rafale et Eurofighter grâce à un ensemble connecté comprenant un avion de nouvelle génération, des drones et un système de combat numérique, Berlin insiste pour la poursuite de « composantes essentielles » du programme abandonné.