Photo. L’Argentine Irina Werning connaît “le pouvoir des cheveux”
Depuis près de vingt ans, la photographe Irina Werning s’est prise de passion… pour les cheveux. Mais pas n’importe lesquels. Sa série Las Pelilargas, devenue un livre chez Gost Books, s’intéresse aux femmes sud-américaines (et à quelques hommes) qui portent de très longs cheveux et aux soubassements culturels de cette tradition.
En 2022, elle a reçu un World Press Photo pour ses clichés d’une jeune fille de 12 ans qu’elle a suivi pendant quatre ans, jusqu’à ce qu’elle se coupe les cheveux. Un travail dont Courrier international s’était fait l’écho.
Dans le magazine britannique Dazed, la photographe argentine revient sur ce travail au long cours.
Extrait de Las Pelilargas.
Extrait de Las Pelilargas.
Tout a commencé dans le nord de l’Argentine, à l’occasion d’un reportage sur les écoles rurales de montagne des communautés autochtones, raconte la photographe aujourd’hui installée à Londres.
“Je me déplaçais à dos d’âne pour rejoindre de minuscules écoles avec un seul enseignant. Je rencontrais beaucoup de jeunes filles aux cheveux très longs, et elles me faisaient perdre ma concentration ! J’ai travaillé pendant six mois sur place sur ce projet de reportage, tout en prenant des photos d’elles en parallèle”, explique-t-elle à Dazed.
Extrait de Las Pelilargas.
En 2006, elle lance réellement son projet. Mais comment trouver ces jeunes filles aux cheveux démesurément longs ?
“À l’époque, les réseaux sociaux étaient balbutiants, je travaillais en argentique et je trouvais ces femmes à l’ancienne, de manière très analogique : en affichant des annonces dans les écoles, sur les marchés ou dans les hôpitaux. J’organisais aussi des concours de cheveux longs dans de petites villes.”
“Les images de Werning sont empreintes d’une touche ludique, mettant en scène les cheveux de différentes femmes tressés ensemble, attachés par une ceinture sous des trenchs, ornés de rubans, tombant en cascade le long d’escaliers ou portés lâchés au milieu de cactus, de fleurs, de rochers et de chevaux.”
Le magazine britannique Dazed
Extrait de Las Pelilargas.
En Argentine, et plus tard en Équateur, Irina Werning a rencontré des milliers de femmes et en a photographié environ un millier.
Le magazine féminin espagnol Vein revient sur ce que révèle la série Las Pelilargas de ces sociétés autochtones : “Pour beaucoup de ces jeunes femmes, se laisser pousser les cheveux n’est ni un choix esthétique ni un rituel nostalgique. C’est un marqueur culturel qui les relie aux traditions ancestrales, où les cheveux sont considérés comme le prolongement de la pensée, de l’esprit et de la terre.”
Extrait de Las Pelilargas.
Extrait de Las Pelilargas.
“En Amérique du Sud, les femmes ont les cheveux plus longs que dans d’autres pays. Cela tient à la culture ancestrale qui s’est répandue au sein de la population.”
Irina Werning, dans une interview au magazine britannique Dazed
“Ces cheveux ultralongs sont l’apanage des jeunes filles”, relève Dazed. Et les photographier n’a pas toujours été simple.
Irina Werning s’en amuse dans le magazine britannique : “Dès que j’ai commencé à prendre des photos en Équateur, on m’a dit : ‘Tu ne peux pas toucher nos cheveux.’ Dans beaucoup de communautés autochtones, seuls les membres de la famille très proche peuvent toucher les cheveux. C’est quelque chose de très intime et spirituel. C’était un véritable défi pour moi, car j’adore recoiffer les modèles avant de prendre une photo !”
Extrait de Las Pelilargas.
“Le regard de Werning révèle dans ce geste de porter les cheveux longs une forme de résistance silencieuse face à un monde qui tend à s’accélérer, à effacer et à homogénéiser.”
Le magazine féminin espagnol Vein
Extrait de Las Pelilargas.
Extrait de Las Pelilargas.
Pour Dazed, Irina Werning “connaît le pouvoir des cheveux”.
Un pouvoir que Vein décrit avec ces mots : “Les cheveux de ces femmes deviennent une archive vivante, un fil qui relie les histoires personnelles et collectives.”
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !