« Il est crucial que les autorités nigérianes et tchadiennes mènent des enquêtes rapides, approfondies, indépendantes et impartiales sur ces incidents troublants. » Cette requête du haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, mercredi 13 mai, survient après des bombardements attribués aux armées nigériane et tchadienne, dimanche, dans le nord-est du Nigeria. Ils auraient fait des dizaines de morts. L’armée nigériane et des bandes criminelles (appelées « bandits ») qu’elle combat ont tué ce jour-là plus de 100 civils, selon des sources contactées par l’Agence France-Presse.
Un chef communautaire a fait état d’au moins 72 morts, mais la branche nigériane d’Amnesty International a évoqué « au moins 100 civils » tués, lors de l’une des journées les plus meurtrières du conflit contre ces groupes armés.
« Je suis consterné par les informations selon lesquelles des frappes aériennes de l’armée nigériane sur un marché de l’Etat de Zamfara auraient tué au moins 100 civils le 10 mai et en auraient blessé beaucoup d’autres », a déclaré Volker Türk dans un communiqué.
Bastion djihadiste
Il s’est également dit « alarmé et attristé » par les informations faisant état d’un nombre élevé de victimes civiles lors des attaques menées depuis vendredi par des avions de combat tchadiens contre des camps de Boko Haram situés sur des îles isolées du lac Tchad, au nord-est du Nigeria. Cette vaste étendue d’eau et de marécages située entre le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, s’est transformée depuis 2009 en bastion djihadiste, abritant à la fois des combattants de Boko Haram et de l’organisation Etat islamique en Afrique de l’Ouest.
Un responsable du Syndicat des pêcheurs du lac Tchad a déclaré que « 40 pêcheurs nigérians sont portés disparus et sont probablement morts noyés à la suite des frappes, selon les pêcheurs qui ont réussi à s’échapper ».
Les autorités des deux pays doivent « veiller à ce que les responsables de toute violation rendent des comptes, conformément aux normes internationales », a exhorté Volker Türk, appelant également « de toute urgence les deux armées à prendre toutes les précautions possibles pour éviter de frapper les civils ». « Les civils et leurs biens ne doivent jamais être la cible d’attaques », a-t-il insisté.