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La dépossession des radiodiffuseurs haïtiens

En Haïti, jadis, sur les ondes vibrantes,Cent stations luttaient, voix libres et vivantes.Analogiques fiertés, bâties à grands frais,Dans la crise et le feu, elles tenaient debout près.Investissements lourds, sueur de décennies,Elles portaient la voix du peuple, ses peines, ses joies. Mais un

La dépossession des radiodiffuseurs haïtiens
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14 septembre 2026
La dépossession des radiodiffuseurs haïtiens
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La dépossession des radiodiffuseurs haïtiens

  • by Rezo Nodwes
  • 14 septembre 2026
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En Haïti, jadis, sur les ondes vibrantes,
Cent stations luttaient, voix libres et vivantes.
Analogiques fiertés, bâties à grands frais,
Dans la crise et le feu, elles tenaient debout près.
Investissements lourds, sueur de décennies,
Elles portaient la voix du peuple, ses peines, ses joies.

Mais un jour de mars, trente et un, sans fanfare,
Un décret s’abattit, tranchant comme un glaive rare.
Fils-Aimé, de Hainet jadis grand seigneur,
Décida seul du sort de l’ancien seigneur.
« À la TNT, migrez ! Vite, sans délai !
Au trente septembre vingt-sept, fini l’analogie !
La bande des sept cents, ce dividende doré,
Aux mobiles ira, 4G, 5G adoré. »

Sans concertation large, sans vrai dialogue,
Les concessionnaires historiques, en proie au naufrage.
Droits acquis éteints, concessions annulées,
Investissements perdus, sans être indemnisés.
Nulle priorité dans les futurs appels,
Nulle compensation digne de leurs appels.
Petites stations de province, fragiles déjà,
Condamnées à disparaître, sans filet, sans bras.

Le pluralisme s’effrite, l’oligopole guette :
Seuls les grands survivront, les faibles s’éteignent.
Et pendant ce temps, de l’autre côté de l’île,
Un « petit cadeau » sourit au voisin agile.
Abinader se réjouit : plus d’interférences,
L’appel d’offres dominicain trouve assurance.
Haïti nettoie le spectre, offre sa ressource,
Pour que le voisin déploie sa force et sa course.

Ô associations de médias, où êtes-vous donc ?
Vous qui deviez défendre ces voix, ce trésor ?
Indifférentes ou soumises, vous baisez le front.
Pas de grand cri uni, pas de combat sans fond.
Vous négociez peut-être en salles feutrées,
Mais le peuple n’entend point vos plaintes voilées.
Comme les courtisans de l’ancienne comédie,
Vous saluez le pouvoir, craignant la rancune amère.
Soumission discrète, silence complaisant,
Tandis que le décret avance, implacable et pesant.

Voyez La Fontaine : le loup et l’agneau
Illustraient déjà le droit du plus fort, hélas !
Ici le loup moderne porte titre de Premier,
Et l’agneau radiodiffuseur meurt sans crier.
Ou Molière, satirique, peignait les hypocrites :
Tartuffe du spectre, qui prêche modernité,
Tout en servant intérêts lointains, télécoms avides,
Et laisse les Haïtiens sans voix, dépossédés.

« Modernisation ! » crie-t-on depuis la Primature.
Mais moderniser sans accompagner, c’est pure
Confiscation déguisée, expropriation sans prix.
Article trente-six de la Constitution bafoué,
Droits acquis piétinés, démocratie affaiblie.
Dans un pays déjà miné par l’insécurité,
Où les gangs brûlent parfois les antennes en furie,
Voilà qu’on ajoute la loi qui tue à petit feu
Ceux qui informent encore, ceux qui tiennent le feu.

Les associations, hélas, restent en retrait.
Indifférence calculée ou peur du pouvoir ?
Elles murmurent peut-être en coulisses discrètes,
Mais le grand public n’entend que le silence des têtes.
Soumises au projet, elles n’élèvent point
La voix collective qui aurait pu faire point.
Comme les bourgeois de Molière, elles s’inclinent,
Craignant de perdre un jour leur propre antenne.

Ainsi le spectre s’envole vers d’autres cieux,
Vers Digicel, Natcom, et voisins plus heureux.
Les radiodiffuseurs haïtiens, dépouillés,
Perdent leur couverture, leur audience, leurs droits.
Et le pluralisme, ce bien si précieux,
S’amenuise chaque jour sous le décret impérieux.

Que restera-t-il demain des voix indépendantes ?
Des multiplex contrôlés, des contenus dominants ?
Fils-Aimé est à la croisée : persister ou corriger ?
Protéger les siens, ou servir l’extérieur ?
Mais les associations, muettes ou pliées,
N’offrent point le rempart que l’on eût espéré.

Ô Haïti, terre de lutte et de liberté !
Tes ondes autrefois chantèrent l’indépendance.
Aujourd’hui, par décret, on te dépossède encore
De ce bien commun qu’est le spectre en or.
Que les fables nous enseignent : le silence est complice.
Que Molière nous rappelle : l’hypocrisie se paie.
Debout, radiodiffuseurs ! Que les associations
Cessent l’indifférence et la soumission.

Sinon, le dernier écho s’éteindra bientôt,
Et le peuple n’aura plus que le vide pour écho.
Ainsi va la dépossession, lente et certaine,
Sous le titre d’un décret, au nom d’une modernité vaine.
Que cette fable, en vers, serve d’avertissement :
Quand les gardiens se taisent, le bien commun s’éteint.

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