La dette nationale brute des États-Unis a dépassé pour la première fois, mercredi 19 août, les 40 000 milliards de dollars, “un cap inquiétant pour une économie qui repose sur des bases budgétaires fragiles après des décennies d’emprunts destinés à financer la hausse des coûts militaires, des programmes de protection sociale et des réductions d’impôts du président Trump”, s’inquiète le New York Times.
Ce cap a été franchi “plusieurs mois plus tôt que prévu”, prévient le Washington Post, notamment en raison des centaines de milliards de dollars de pertes de revenus liées à l’invalidation des droits de douane par la Cour suprême. Ce franchissement symbolique survient en outre à “un moment périlleux”, car “toute une série de préoccupations ont incité les investisseurs à se débarrasser des obligations d’État cette semaine, faisant ainsi grimper le coût des emprunts”. Ce qui a encouragé le Trésor américain à racheter massivement de la dette publique mercredi, ajoute le quotidien.
“Cercle vicieux”
La dette publique a augmenté de 3 000 milliards de dollars au cours de l’année écoulée, “soit son rythme de croissance le plus rapide jamais enregistré en dehors de la période de pandémie”, d’après les calculs du Financial Times.
Le quotidien économique britannique rappelle que Donald Trump est revenu au pouvoir en 2025 en promettant de “réduire les dépenses publiques excessives”, et que son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, s’est engagé à ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB d’ici la fin du mandat, contre 6,3 % au début. Or, si celui-ci a légèrement baissé, pour s’établir vraisemblablement à 5,8 % en 2026 (soit environ 2 000 milliards de dollars), l’objectif reste loin.
“La dette est considérable et les intérêts vont l’alourdir indéfiniment”, se lamente au micro du Financial Times l’économiste Ed Yardeni. “Si les taux d’intérêt augmentent en raison des inquiétudes liées à cet endettement important, les charges d’intérêts grimperont encore”, dans une logique de “cercle vicieux”. Et “tout cela se produit dans un contexte de relative vigueur économique… ”, ajoute Shai Akabas, vice-président chargé des politiques économiques au Bipartisan Policy Center. “Si l’économie se détériore ou si les conflits s’intensifient à l’étranger, ces chiffres ne feront qu’augmenter.”
“Importance symbolique”
“Comment en sommes-nous arrivés là ? ” se demande le Wall Street Journal. La dette publique, qui approche aujourd’hui les niveaux de la Seconde guerre mondiale, à environ 100 % du PIB annuel, ne représentait que 31,5 % du PIB en 2001, après quatre années d’excédents budgétaires, rappelle le journal économique.
Puis “les guerres, l’éclatement de la bulle Internet et les réductions d’impôts” ont déséquilibré les budgets au début des années 2000, avant que la récession de 2007-2009 “n’accentue cette tendance” en réduisant les recettes fiscales et en entraînant des plans de relance, tout comme la pandémie de Covid-19. En parallèle, le vieillissement de la population a engendré une “hausse des dépenses liées à l’assurance-maladie et aux retraites”, sans que les recettes ne suivent le même rythme, “les législateurs ayant adopté et prolongé à plusieurs reprises des réductions d’impôts”.
Ce seuil de 40 000 milliards revêt une “importance symbolique” mais il “n’est pas, en soi, significative sur le plan économique”, tempère le journal conservateur. La plupart des investisseurs et des économistes s’intéressent en effet moins aux chiffres bruts qu’à d’autres indicateurs, comme le ratio dette / PIB “qui donne une meilleure idée de la capacité d’emprunt d’une économie”. Mais au rythme actuel, ce ratio devrait atteindre 120 % d’ici 10 ans et 175 % d’ici 30 ans, selon le Bureau du budget du Congrès.
Deux partis responsables
“Pour mettre les choses en perspective, il a fallu près de 200 ans pour que la dette brute américaine atteigne pour la première fois 1 000 milliards de dollars en 1981”, selon Maya MacGuineas, présidente du Comité pour un budget fédéral responsable, citée par The Guardian.
Pour le journal de centre gauche, même si le président républicain a particulièrement dépensé et fait baisser les recettes, les deux partis politiques américains sont responsables de cette glissade. Ainsi, durant son premier mandat, Trump “a augmenté la dette de 8 400 milliards de dollars”, dont une part considérable a été consacrée aux dépenses liées au Covid-19. De son côté, Biden a augmenté la dette du même montant. Et depuis janvier 2025, 3 800 milliards de dollars se sont ajoutés…
Mercredi matin, le Trésor américain a annoncé le doublement de ses rachats de dette publique, alors que le marché obligataire “regimbe” face à l’inflation persistante et au conflit sans fin entre les États-Unis et l’Iran. “Bien que cette mesure n’augmente pas la dette”, précise le titre britannique, “elle souligne les difficultés croissantes rencontrées par les États-Unis pour attirer des investisseurs prêts à prendre en charge leur dette”.
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