L’Afghanistan continue de s’enfoncer dans la spirale de la misère. “Le pays est aujourd’hui confronté à des niveaux de faim record, avec 4,7 millions de personnes – soit plus d’un dixième de la population afghane – qui seraient au bord de la famine”, rapporte la BBC.

Selon les Nations unies, trois personnes sur quatre ne peuvent satisfaire leurs besoins fondamentaux. Le chômage est endémique, le système de santé est en difficulté et l’aide qui permettait autrefois à des millions de personnes d’accéder aux biens de première nécessité a considérablement diminué.

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“J’ai reçu un appel m’indiquant que mes enfants n’avaient pas mangé depuis deux jours”, raconte Rabani, un habitant de la province de Ghor, l’une des plus touchées. “J’ai eu envie de me suicider. Mais je me suis dit : ‘En quoi cela aiderait-il ma famille ?’”, poursuit cet homme rencontré par les équipes du média britannique.

Baisse de l’aide internationale

“Nous mourons de faim. Mes aînés sont morts, alors je dois travailler pour nourrir ma famille. Mais je suis vieux, alors personne ne veut m’embaucher”, dit Khwaja Ahmad, un autre homme, cité par la BBC.

Les effets dévastateurs du chômage sont visibles partout aux alentours. “Je suis prêt à vendre mes filles”, sanglote Abdul Rashid Azimi, un autre habitant de la province. “Je rentre du travail les lèvres desséchées, affamé, assoiffé, angoissé et désorienté. Mes enfants viennent me voir en disant : ‘Papa, donne-nous du pain.’ Mais que puis-je leur donner ? Où est le travail ?”

Auparavant, des millions d’Afghans recevaient farine, huile de cuisson, lentilles et compléments alimentaires pour les enfants. Les États-Unis, qui étaient autrefois le principal donateur dans ce pays, ont quasiment suspendu leur aide l’an dernier. D’autres ont fait de même.

Mortalité infantile en hausse

Dans ce contexte, les habitants affirment que la mortalité infantile a considérablement augmenté. À l’hôpital provincial principal de Chaghcharan, le service de néonatologie est bondé. “Tous les lits sont occupés, certains même par deux bébés. La plupart sont en sous-poids et une majorité d’entre eux rencontrent des difficultés à respirer seuls”, décrit la BBC.

“Une infirmière apporte un petit berceau contenant des jumelles qui viennent de naître. Elles sont nées deux mois avant terme. L’une pèse 2 kilos, l’autre seulement 1 kilo.”

Leur mère aussi est très faible, car elle n’a presque rien mangé pendant sa grossesse, juste du pain et du thé.

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“La misère extrême et le chômage de longue durée ont poussé certains parents à commettre l’acte impensable de vendre leurs enfants”, relatait déjà Hasht-e Subh, site d’information afghan qui opère depuis le Canada, au mois de décembre 2025. Dans la province de Ghor, “un homme âgé est parti avec sa jeune fille au marché, expliquant qu’il comptait la vendre pour sauver ses autres enfants de la famine”, poursuivait le média.

Le travail des enfants en hausse

Selon les habitants, les sécheresses répétées et le manque de revenus ont plongé de nombreuses familles rurales dans une extrême précarité. Ils ajoutent que de nombreuses personnes qui travaillaient auparavant en Iran ont été expulsées de force et renvoyées en Afghanistan, ce qui ne fait qu’aggraver la crise.

“La sécheresse dure depuis des années. Les exploitations agricoles sont ravagées. Dans la plupart des villages, même les vaches et les moutons n’ont plus de fourrage. La situation est catastrophique”, témoigne Abdul Jabbar, un habitant de la province de Ghor.

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Selon Tolo News, en raison de la hausse de la pauvreté, le travail des enfants est en augmentation. “Certains habitants de Kaboul affirment qu’au lieu d’aller à l’école, les enfants passent de longues heures à travailler dans les rues pour subvenir aux besoins de leurs familles.”

“Lorsque nous nous déplaçons dans la ville, nous voyons de jeunes enfants ramasser des bouteilles et nettoyer les vitres des voitures”, a déclaré Shahabuddin, un habitant de Kaboul. Avant de lancer un appel : “Il faut accorder plus d’attention à ces enfants.”