Douze pays, dont la France, le Royaume-Uni et le Canada, ont annoncé, mardi 8 septembre, leur intention d’« imposer des sanctions au commerce de biens avec des colonies illégales (…) » de Cisjordanie, pour protester contre les violences commises par les colons israéliens contre les Palestiniens et l’expansion des implantations, selon un communiqué conjoint de leurs ministres des affaires étrangères.
« Aujourd’hui, la France, le Royaume-Uni, le Canada, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, l’Irlande, l’Islande, la Norvège, la Pologne, le Portugal et la Suède confirment leur intention d’imposer des restrictions nationales au commerce de biens avec des colonies illégales au regard du droit international et/ou de soutenir des restrictions européennes en ce sens, ou qu’elles envisagent sérieusement d’adopter de telles restrictions ou d’autres mesures conformément à leurs procédures nationales », écrivent-ils.
Dans le texte, rendu public par le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot sur X, ils expliquent que « le président de la République française, Emmanuel Macron, le premier ministre du Royaume-Uni, Andy Burnham, et le premier ministre du Canada, Mark Carney, sont convenus de la nécessité de prendre des mesures pour empêcher que la situation se détériore davantage ». Ces trois pays ont décidé de mettre fin, dans un délai qui n’a pas été précisé, à tout échange avec les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés.
« Ensemble, nous sommes convaincus que la solution à deux Etats doit être protégée et nous sommes déterminés à agir en faveur d’une paix juste et durable, sur la base des principes inscrits dans la Déclaration de New York adoptée il y a un an. Nous nous opposons fermement à toute action ayant pour conséquence l’annexion de terres palestiniennes et le déplacement forcé de populations palestiniennes », peut-on lire dans la déclaration commune.
Une décision « conforme au droit international »
« La France va mettre fin au commerce avec les colonies israéliennes situées dans les Territoires palestiniens occupés, avec onze autres pays qui ont pris des engagements du même ordre », écrit, par ailleurs, M. Barrot sur X. « Pourquoi ? Parce que la Cisjordanie est au bord de l’explosion : expansion effrénée de la colonisation en violation du droit international, flambée des violences commises par les colons extrémistes à l’encontre des Palestiniens, actes de terreur dénoncés par les autorités israéliennes elles-mêmes », précise-t-il.
« Cette décision est conforme au droit international », a, pour sa part, fait valoir le Quai d’Orsay, assurant qu’elle « ne constitue en rien une mesure de boycott d’Israël ».
A Londres, Ed Miliband, chef de la diplomatie britannique, qui a accusé le gouvernement israélien de « fermer les yeux » sur un « nettoyage ethnique », a annoncé des sanctions « à l’encontre des entreprises et des individus qui fournissent des services, tels que la construction, les infrastructures, le financement ou l’immobilier, destinés à l’expansion des colonies », et des mesures de rétorsion supplémentaires à l’encontre de « colons extrémistes ayant soutenu ou encouragé des actes de violence contre les communautés palestiniennes ».
Avant même la publication de la déclaration commune, le président israélien, Isaac Herzog avait estimé que des sanctions représenteraient « une grave erreur de calcul et une décision qui tombera du mauvais côté de l’histoire ». « La décision (…) de boycotter les produits de Judée-Samarie [nom donné par Israël à la Cisjordanie] et d’imposer des sanctions à des Juifs simplement parce qu’ils vivent et travaillent sur leur terre ancestrale est une mesure antisémite et honteuse », a, quant à lui, déclaré Israël Gantz, président du Conseil de Yesha, principale organisation représentant les colons de Cisjordanie occupée.
l’Autorité palestinienne a, pour sa part, salué une « étape importante »
La tension monte depuis des semaines entre Israël et de nombreux pays européens, indignés par l’intensification des violences commises par les colons et par un vaste projet d’extension des colonies dans le territoire occupé depuis 1967. Le ministre des affaires étrangères britannique, Ed Miliband, qui a rencontré Emmanuel Macron, jeudi à Londres, avait annoncé la semaine dernière travailler à « un ensemble complet de mesures ».
L’Irlande et l’Espagne ont déjà pris des mesures contre les échanges avec les colonies israéliennes. La France plaide, quant à elle, depuis des semaines pour une décision similaire à l’échelle de l’Union européenne, premier partenaire commercial d’Israël. Faute d’obtenir un consensus, Paris a donc décidé de passer à l’action au niveau national.
Le gouvernement juge que la dégradation de la situation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, ajoutée à une accélération de la colonisation, compromet la viabilité d’un Etat palestinien. « Et nous regrettons qu’aucune mesure suffisante n’ait été prise » par le gouvernement israélien, a expliqué le ministère des affaires étrangères, tout en estimant que « cela ne remet absolument pas en cause le fait qu’Israël demeure un partenaire économique de la France ».
« Nous aurons avec Israël des échanges économiques et commerciaux et nous continuons à nous opposer aux tentatives de boycott discutées au niveau national », ajoute-t-il.
Le Quai d’Orsay n’a pas été en mesure de préciser les modalités de cette décision, pas plus que le volume d’importation qui pourrait être concerné, ni à quelle échéance.
En juillet, les députés irlandais ont adopté un projet de loi interdisant l’importation de produits en provenance de colonies israéliennes dans les territoires occupés. Ce projet concerne notamment l’importation de biens agricoles et industriels, mais pas les services.