En 2023, le Royaume-Uni s’était opposé à ce que la Cour internationale de justice se prononce sur l’occupation de la Cisjordanie par Israël. En vain, puisqu’elle avait été déclarée illégale. Le 8 septembre, le même pays, suivi de la France, du Canada et de neuf autres pays européens, dont des précurseurs comme la Belgique, l’Espagne et l’Irlande, a décidé d’interdire l’importation de produits israéliens en provenance de ce territoire occupé.
Ce revirement ne peut qu’être salué, même s’il est bien tardif. Il est impératif de défendre d’une même voix le droit d’Israël à exister dans ses premières frontières, celles d’avant la guerre de 1967, de dénoncer l’antisémitisme partout où il réapparaît, et de s’opposer autrement que par des communiqués lénifiants à la fuite en avant de la colonisation qui a toujours nié des principes les plus élémentaires comme le droit à l’autodétermination et celui de vivre en sécurité.
En presque soixante ans, l’entreprise méthodique et impitoyable conduite dans les territoires palestiniens conquis par la force en 1967, quels que soient les gouvernements israéliens en place, a pratiquement atteint un point de non-retour. L’Etat hébreu n’aura bientôt plus besoin de proclamer officiellement une annexion de jure de la Cisjordanie, l’annexion de facto lui suffira.
Cette spirale dramatique est pourtant une promesse de drames sans fin. Elle n’offre comme perspective aux Palestiniens chassés de leurs terres par ce nettoyage ethnique en marche que l’enfermement dans des bantoustans de plus en plus exigus et invivables. Elle nourrit désormais chez les suprémacistes et ultranationalistes israéliens couvés par le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, le fantasme dangereux du « transfert » de la plus grande partie possible de la population palestinienne hors de Gaza et de la Cisjordanie.
Les faits sont implacables. L’augmentation de la colonisation va de pair avec une hausse vertigineuse des violences visant les Palestiniens, cibles de la terreur que font désormais régner des colons israéliens sous le regard complaisant d’une armée d’occupation et de services de sécurité par ailleurs gangrenés par le sionisme religieux. Enfermés dans leurs traumatismes respectifs, les deux peuples ont besoin d’urgence de la séparation que permettrait la solution des deux Etats. La poursuite de la colonisation aboutit au résultat opposé.
Cette dernière n’était pas plus compatible avec la quête d’une paix équitable, lorsqu’elle semblait à portée de main, que le recours au terrorisme par des milices palestiniennes. Les pays occidentaux impliqués dans cette quête ont toujours été intraitables, à juste titre, avec les seconds, mais ils se sont accommodés au contraire de la première avec le résultat désastreux que l’on constate aujourd’hui. Le réveil est brutal. Son corollaire est un isolement diplomatique historique d’Israël.
On peut douter que les mesures limitées annoncées le 8 septembre par trop peu de pays européens suffisent à enrayer cette machine infernale. Pour que la colonisation ait un coût susceptible d’ébranler le consensus dont elle bénéficie en Israël, ces mesures doivent être appliquées par ces Etats et étendues à leurs entreprises qui y participent, dont celles qui envisagent de s’engager dans le projet E1 visant à tronçonner littéralement la Cisjordanie. Le temps est compté.