Arrêter des militants propalestiniens pour leur participation à une flottille arraisonnée manifestement dans les eaux internationales dont l’objectif était d’attirer l’attention sur le sort des Palestiniens de Gaza ne suffisait pas au ministre de la sécurité nationale israélien, Itamar Ben Gvir. Il fallait en plus les humilier en les montrant, mercredi 20 mai, les mains liées dans le dos, à genoux, le visage contre le sol.
Cet abaissement autant que la morgue affichée par Itamar Ben Gvir ont suscité l’émoi de nombreuses capitales européennes. Au point de pousser le premier ministre Benyamin Nétanyahou et son ministre des affaires étrangères, Gideon Saar, à condamner ces images.
Représentant d’une extrême droite suprémaciste et raciste décomplexée longtemps rejetée aux marges de la vie politique de l’Etat hébreu, Itamar Ben Gvir n’était pourtant pas seul dans le port d’Ashdod, où avaient été conduits les sympathisants de la cause palestinienne, qualifiés de terroristes. La ministre des transports, Miri Regev, membre du même parti que M. Nétanyahou, le Likoud, était également présente.
Et les images du ministre de la sécurité nationale paradant au milieu de prisonniers soumis à des traitements dégradants ne sont pas nouvelles. Parce qu’elles ont concerné jusqu’à maintenant des Palestiniens, personne ne s’en est jamais ému au sein de la coalition au pouvoir, alors qu’elles témoignaient déjà de l’effritement de valeurs qu’Israël a longtemps revendiquées.
Violences à caractère sexuel
Le traumatisme causé par les massacres du 7-Octobre perpétrés par le Hamas s’est en effet traduit par une dégradation dramatique des conditions de détention des Palestiniens dans les prisons israéliennes placées sous l’autorité d’Itamar Ben Gvir. Une partie d’entre eux y sont soumis au régime de la détention administrative, ce qui veut dire qu’ils sont emprisonnés sans être inculpés ni jugés, pour une durée inconnue et renouvelable indéfiniment.
Dès août 2024, l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem a assuré, à la suite d’une enquête approfondie, que les prisons réservées aux Palestiniens sont devenues « des camps de torture ». Dans un rapport intitulé Un véritable enfer, révélé dans ces colonnes en janvier, la même organisation a réitéré ses accusations, en s’inquiétant en outre de la systématisation de violences à caractère sexuel.
Ce rapport, corroboré par de nombreux témoignages, n’a pas entraîné de réactions internationales significatives, alors qu’il est résumé par un chiffre qui devrait alarmer : une centaine de Palestiniens, selon des décomptes convergents, sont morts en détention en Israël depuis deux ans et demi, contre 230 entre 1967 et 2023.
Alors que le ministre de la sécurité nationale pourrait conserver un rôle central à l’issue des prochaines élections législatives anticipées, compte tenu du morcellement de l’échiquier politique israélien, seuls trois pays membres de l’Union européenne ont adopté des sanctions à son encontre. La France ne les a pas rejoints à ce jour, en dépit du rôle joué par ailleurs par un homme qui se flatte de répandre la haine dans l’adoption d’une peine de mort pour terrorisme visant exclusivement les Palestiniens.
S’ajoutant à l’inaction devant le climat de terreur que les colons les plus extrémistes font régner en Cisjordanie, cette passivité face à ce qui se passe aujourd’hui dans les prisons israéliennes va à l’encontre de tout ce que les Européens prétendent défendre. Elle est aussi scandaleuse que la mise en scène d’Itamar Ben Gvir.