“L’homme de Moscou” au Royaume-Uni est parti. Sur la pointe des pieds. Ambassadeur de Russie depuis sept ans, Andreï Kelin a quitté Londres le 21 juillet dernier. “Alors au revoir”, lâche l’hebdomadaire The Spectator.

Relais “des positions les plus abjectes du Kremlin”, au gré des communications officielles et des invitations sur les plateaux de télévision britanniques, le diplomate de bientôt 70 ans “arrivait sans doute au terme de sa carrière”, entamée sous l’ère soviétique en 1979, avance le spécialiste de la Russie Mark Galeotti dans les colonnes du magazine conservateur.

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À ce stade, aucun remplaçant n’a été annoncé. La nouvelle même de son départ n’a été révélée par la presse londonienne que ce dimanche 23 août, soit un mois plus tard. “Le Kremlin tente d’accentuer la pression sur le Royaume-Uni”, parmi les plus fidèles soutiens de l’Ukraine, analyse le quotidien The Guardian. “La tension entre les deux pays va crescendo” ces derniers temps. La semaine dernière, la révélation de l’utilisation de drones britanniques lors d’attaques ukrainiennes sur le territoire russe a provoqué une réaction virulente. “L’ambassade a brandi la menace des ‘conséquences’ sans en préciser la nature”, indique The Sunday Times.

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Ce lundi matin, la rhétorique belliqueuse s’est intensifiée, en marge de la fête de l’indépendance ukrainienne. Présent à Kiev, le Premier ministre britannique, Andy Burnham, a annoncé le partage d’informations clés dans l’optique d’une construction locale de missiles Scalp. Le Royaume-Uni “jette de l’huile sur le feu de façon méthodique et régulière”, a fustigé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Pénurie de talents

Dans ce contexte tendu, l’administration russe nommera-t-elle un nouveau représentant à Londres ? Entre les murs de l’imposante ambassade de Russie, adossée aux jardins de Kensington, au cœur de la capitale, “les équipes n’ont aucune idée du calendrier de l’arrivée du prochain ambassadeur”, croit savoir le journal libéral.

“Ce hiatus fait redouter une rétrogradation des relations entre les deux pays, voire une rupture complète des liens entre Moscou et Londres.”

Autre hypothèse, explorée par Mark Galeotti : le Kremlin peine à trouver un remplaçant “compétent et volontaire”, en plein mois d’août, période généralement calme dans la capitale russe. Le poste “revient à un poids lourd de la diplomatie”, au regard du statut d’ennemi centenaire endossé par le Royaume-Uni.

“Car quand bien même les Russes se plaisent à traiter publiquement le Royaume-Uni de lion qui rêve de sa gloire d’antan, le pays est paradoxalement dans le même temps dépeint comme un adversaire malicieux, responsable de chaque revers russe, et accusé d’orchestrer les assassinats ciblés menés par l’Ukraine.”

Pour autant, la mission a perdu de son intérêt depuis le début de la guerre en Ukraine, souligne The Spectator. Les équipes diplomatiques ont été réduites de moitié. “Les invitations aux fêtes se sont sans doute taries”, se gausse Mark Galeotti, “et vous êtes la cible privilégiée du moindre député à la recherche de son quart d’heure churchillien”. Dimanche, l’ambassade de Russie, dirigée pour l’heure par son chargé d’affaires Vasili Tsyganov, a nié toute volonté du Kremlin de “recalibrer” les relations bilatérales. “Peut-être, conclut Galeotti, que les candidats les plus plausibles n’ont tout simplement pas envie de venir.”