Une “relation sino-américaine stratégiquement stable et constructive”… C’est, dans la presse chinoise, le concept clé qui ressort du sommet de deux jours que viennent de tenir à Pékin les présidents Trump et Xi, à l’invitation de ce dernier. Signe du caractère très sensible de cette question, les journaux chinois ne sortent surtout pas des lignes édictées par le bureau de la propagande du Parti communiste chinois (PCC).
Le quotidien de Shanghai Pengpai Xinwen, par exemple, tente de décrire la dernière rencontre entre les deux dirigeants, le matin du vendredi 15 mai à Zhongnanhai, le siège du gouvernement chinois, juste avant que Donald Trump n’embarque sur Air Force One. L’article qui en ressort est un parangon de lyrisme journalistique à la chinoise :
“Dans ce véritable écrin de verdure, en cette fin de printemps, les deux dirigeants ont discuté, s’arrêtant de temps à autre pour admirer les arbres centenaires encore vigoureux et les roses multicolores du jardin.”
Sur le fond, l’article se contente de seriner les éléments de langage habituels sur les bienfaits de “la compréhension mutuelle”, “la confiance réciproque” et “la coopération gagnant-gagnant entre les deux pays”.
Concept vide
Pour sa part, dans son éditorial du jour, le tabloïd nationaliste Huanqiu Shibao tente de creuser un peu plus profondément la définition de cette “stabilité stratégique constructive” portée par Xi Jinping. Mais là encore, les excès d’exaltation cachent difficilement la vacuité du concept :
“Ce ‘nouveau cadre’ indique une direction nouvelle au colosse qu’est la relation sino-américaine pour qu’il traverse les tempêtes et avance en toute sérénité.”
Le quotidien décline les quatre aspects de cette stabilité que “le président Xi Jinping a clairement indiqués” : coopération, concurrence modérée, maîtrise des divergences et recherche de la paix. Certes, mais concrètement ? Conscient, peut-être, des limites de cette emphase, le très officiel Renmin Ribao (“Le Quotidien du peuple”) l’affirme sans ambages : “La ‘relation stratégique constructive et stable entre la Chine et les États-Unis’ n’est pas un simple slogan, mais doit se traduire par des actions concertées.”
Comment ? “Xi Jinping a souligné que les deux parties devraient mieux exploiter les canaux politiques et diplomatiques ainsi que les moyens de communication entre leurs armées”, répond le quotidien.
Novlangue
Difficile, décidément, de sortir de la novlangue du PCC. À une seule exception : “Xi Jinping a souligné que la question de Taïwan est la plus importante des relations sino-américaines. […] Une mauvaise gestion [de cette question] pourrait engendrer des affrontements, voire un conflit, et plonger les relations sino-américaines dans une situation extrêmement périlleuse.”
La presse chinoise se garde bien, à ce sujet, de signaler que cette “question” est totalement absente du compte rendu préliminaire qu’a dressé la délégation américaine. “L’‘indépendance de Taïwan’ et la paix dans le détroit du même nom sont incompatibles”, assène le Renmin Ribao, répétant docilement la voix de son maître.
Beau joueur, le journal cite aussi Donald Trump… Mais surtout pour signaler que le président américain “a insisté sur le fait que le président Xi est un grand dirigeant et la Chine un grand pays” – on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même.
Une relation “intrinsèquement compétitive”
Il faut s’appuyer sur la presse de Hong Kong pour trouver un point de vue chinois qui sort des carcans du PCC. Pour mieux comprendre ce qui se cache vraiment derrière la notion de “stabilité stratégique constructive”, le South China Morning Post a notamment interrogé le politologue Zhao Minghao, qui dirige le Centre d’études américaines de l’université Fudan, à Shanghai :
“Ce nouveau concept est ambitieux, mais il ne reflète pas la réalité actuelle des relations.”
“Le véritable défi, explique l’universitaire, sera de savoir comment les deux puissances parviendront à coopérer de manière constructive au sein d’une relation qui reste intrinsèquement compétitive.” Zhao Minhao note surtout la persistance de désaccords majeurs, “comme le déploiement militaire américain en Asie-Pacifique”, qui pour l’heure contrecarre les plans de réunification de Taïwan avec la “mère patrie”, “par la force si nécessaire”, comme l’indique la doctrine de Pékin.
À ce sujet, le chercheur décrit les propos de Xi sur Taïwan comme étant “beaucoup plus directs et clairs” que par le passé. Selon lui, ce sommet était “une occasion cruciale d’approfondir la compréhension de la question par Trump”. Derrière les envolées lyriques sans fin, le président américain a-t-il pu comprendre en quoi consiste la “stabilité stratégique constructive” ? Réponse, peut-être, le 24 septembre prochain, date à laquelle Donald Trump a invité Xi à se rendre aux États-Unis.
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