Dans les années 1940, un petit récipient rempli d’eau est suspendu au vent glacial de l’Antarctique. Des explorateurs mesurent le temps nécessaire à son refroidissement. Ils découvrent ce que chacun pressent déjà : le vent compte presque autant que le froid. Ainsi naît le premier indice combinant froid et vent, ancêtre de ce que nous appelons aujourd’hui la température ressentie. Après plusieurs tentatives, il faudra pourtant attendre près de soixante-dix ans pour voir apparaître l’indice universel du climat thermique (UTCI, pour Universal Thermal Climate Index), proposé en 2009.
Cette histoire parle moins de météo que de nous-mêmes. Depuis des siècles, nous avons appris à mesurer le monde. Nous savons mesurer la pression, l’humidité, le vent et la température. Mais ces grandeurs physiques ne correspondent pas à nos sensations. Ce que nous ressentons, c’est la réponse de notre corps à son environnement.
Les journées de canicule en offrent un exemple frappant. Deux thermomètres indiquent 38 °C. L’un est placé à l’ombre d’un jardin et l’autre se trouve sur une place minérale écrasée de soleil. Le même nombre apparaît sur les deux appareils, mais personne ne croit que ces deux situations se valent.
Car le véritable sujet n’est pas l’air qui nous entoure ; c’est notre corps. Celui-ci maintient sa température interne autour de 37 °C dans des environnements variés. Lorsqu’il fait froid, les vaisseaux sanguins de la peau se contractent afin de limiter les pertes de chaleur. Les extrémités refroidissent et les muscles peuvent se mettre à frissonner. Lorsqu’il fait chaud, le sang afflue vers la peau et la transpiration apparaît. Tant que la sueur ne s’évapore pas, ses bénéfices restent limités. C’est l’évaporation qui emporte la chaleur du corps. Ainsi, une journée chaude, humide et sans vent peut devenir bien plus dangereuse qu’une journée tout aussi chaude dans un air sec, car l’humidité et l’absence de vent empêchent la sueur de s’évaporer efficacement, privant le corps de son principal mécanisme de refroidissement.
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