En pleine escalade des tensions commerciales entre Ottawa et Washington, le Toronto Star fait sa une ce vendredi 28 août avec une photo du lac Ontario, au lendemain du décret signé par Donald Trump pour le renommer “lac Amérique”. “Lac Ontario, pour toujours”, affirme en titre le quotidien, précisant en sous-titre que le geste du président américain “est absurde, mais son mépris pour le Canada est tout à fait sincère”.

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Dans ses pages, le journal reprend une déclaration du Premier ministre canadien, Mark Carney, qui déclare que “le nom du lac Ontario tire son origine du mot wendat ontari’io, qui signifie ‘le lac est beau, le lac est grand’”. Il ajoute que ce nom remonte à plus de quatre siècles et que les citoyens de son pays savent bien que ce lac de 19 000 km2 se nomme “lac Ontario” “aujourd’hui et pour toujours”. Pierre Picard, grand chef de la nation Wendat, établie depuis le début du XVIIe siècle dans le sud de l’Ontario, se dit “indigné, consterné et choqué” par la décision. “Le président Trump tente d’effacer notre histoire”, dénonce-t-il.

“C’est on ne peut plus sérieux”

Dans un article repris de l’agence Presse canadienne, le Toronto Star rappelle que les Européens ont commencé à appeler ce lac “Ontario” en 1641 et que la province de l’Ontario tire son nom du lac.

Le chroniqueur Andrew Phillips estime quant à lui qu’il ne faut pas prendre la décision de Trump à la légère : “C’est on ne peut plus sérieux, tout comme ses railleries sur le ‘51e État’ [pour désigner le Canada, les États-Unis ne comptant que 50 États] n’avaient rien d’une plaisanterie. Ça nous a pris du temps pour l’accepter, justement parce que ça semblait absurde. Mais nous avons fini par admettre que Trump pensait exactement ce qu’il disait : il estime que le Canada devrait faire partie des États-Unis et sa politique vise précisément cet objectif.” Pour Andrew Phillips, “ce ‘lac Amérique’ est une insulte de plus à l’idée même du Canada”.

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Ce “spectacle” du président signant ce décret “sera bien sûr perçu ici comme le geste vide et comique qu’il est”, enchaîne la chroniqueuse Susan Delacourt. Selon elle, c’est aussi le cas de l’image provocatrice diffusée le 26 août sur le réseau social X par la Maison Blanche, montrant un aigle américain plaquant au sol une bernache du Canada.

Mais, note-t-elle, alors qu’un sondage montre que 71 % des Canadiens appuient la décision de Mark Carney de suspendre les négociations commerciales avec les États-Unis le 21 août, “Trump a décidé de mener une guerre symbolique contre la souveraineté”.

“La souveraineté commerciale canadienne compte aussi”, martèle le Toronto Star en éditorial, faisant ainsi écho à des informations “inacceptables” selon lesquelles les États-Unis voudraient exercer un droit de veto partiel sur les futurs accords commerciaux canadiens. “Nous devons trouver notre place dans le monde”, ajoute la publication qui conclut : “Ça va être difficile. Ça va faire mal. Mais il n’y a pas d’autre moyen. C’est un combat pour tous les Canadiens.”