Ottawa est désormais “prêt pour [une] guerre commerciale totale” avec Washington, résume sans détour le quotidien canadien Le Devoir.
Après avoir refusé vendredi le “mauvais accord” commercial proposé par l’administration Trump, le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé samedi 22 août des mesures de rétorsion visant l’acier, les produits laitiers, les appareils ménagers, l’industrie du papier, les machines agricoles et l’électronique américains, rapporte Radio-Canada.
Le montant de ces surtaxes canadiennes sera “au dollar près” équivalent à celui des droits de douane américains entrés en vigueur samedi, après l’expiration de l’ultimatum fixé par la Maison-Blanche, a précisé Ottawa. Ces derniers concernent environ 20 milliards de dollars d’importations canadiennes, dont le ciment ou les crosses de hockey.
“Menaces contre la langue française”
S’exprimant samedi devant la presse, Mark Carney a expliqué avoir suspendu les négociations après avoir estimé que les États-Unis “demandaient trop et offraient trop peu”.
“Il y a eu une nouvelle attaque des Américains sur le Canada. […] On attaque dans une guerre. Ce n’est pas une bonne chose du tout, ce n’est pas notre choix”, a lâché le chef du gouvernement canadien, lorsque Le Devoir lui a demandé si le pays se retrouvait désormais “en guerre commerciale totale”. “Au dernier moment, les États-Unis ont essayé d’ajouter des éléments pour restreindre notre capacité à avoir d’autres accords commerciaux”, a-t-il dénoncé depuis Ottawa.
Le Premier ministre a évoqué des “menaces contre la langue française” et la “culture québécoise”, portant selon lui sur les subventions à la culture francophone, la place des médias en français en ligne et l’obligation d’étiquetage bilingue des produits vendus au Canada. “Ce n’est pas acceptable”, a-t-il souligné.
Vendredi, “dans la dernière ligne droite des négociations”, “les négociateurs de Donald Trump” ont notamment exigé “le retrait d’une nouvelle loi québécoise” imposant des seuils de contenus francophones à Netflix, Spotify et aux autres plateformes numériques, “parmi les conditions pour éviter de nouveaux tarifs de 50 % sur une panoplie de produits canadiens”, indique Le Journal de Montréal. Adopté en 2025, ce texte n’est pas encore entré en vigueur, précise le média canadien.
Une source a affirmé au quotidien francophone “que cette nouvelle demande constituait un des éléments sur lesquels il n’était ’pas possible de négocier’” même s’il s’agit là “d’une seule des pierres d’achoppement qui ont mené à l’impasse dans les négociations”.
“Une dangereuse escalade”
Après l’annonce des représailles canadiennes samedi, le négociateur américain Jamieson Greer a déclaré sur Fox News que les États-Unis allaient “aller de l’avant avec des mesures pour répondre aux rétorsions canadiennes”, sans donner davantage de détails.
“Les deux voisins nord-américains se retrouvent ainsi engagés dans une dangereuse escalade de mesures de rétorsion, susceptible de causer de réels dommages à l’économie américaine”, observe The New York Times.
Les droits de douane imposés par Trump au Canada “sont des taxes sur les importations, et une partie du coût de ces nouvelles mesures pourrait finalement peser surtout sur les importateurs américains, déjà pénalisés par des années de prix durablement élevés”, souligne le quotidien américain. Et “même si les droits de douane de M. Trump ne concernent qu’une petite partie des produits canadiens, leurs conséquences pourraient rapidement s’amplifier”. Si le Canada riposte et que Washington réplique à son tour, “l’économie américaine pourrait subir une série de nouveaux chocs alors qu’elle doit déjà faire face à de nombreuses difficultés”, prévient The Times.
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