UNE SEMAINE AU CAP-VERT 1/5 - Cet été, le joli parcours de son équipe nationale à la Coupe du monde de football a ravivé la curiosité pour le Cap-Vert. Depuis son indépendance, en 1975, sans pétrole ni diamants, l’archipel réussit à allier croissance économique et démocratie. Miracle ou mirage ? L’hebdomadaire portugais “Visão” raconte une histoire “faite de vent, de sel, de navigation”, et de bien des sacrifices.
En cette matinée de 1975, la chaleur de la capitale, Praia, impose sa présence physique, dense comme une brume sèche. Dans le silence d’une indépendance qui sent encore la fête, le moteur à essence d’un fourgon des Nations unies rugit en remontant l’Avenida Amílcar Cabral pour s’arrêter devant le Palais du gouvernement. À l’intérieur du bâtiment, les experts du Programme alimentaire mondial déplient des graphiques qui portent le poids d’une condamnation : le Cap-Vert n’est pas viable.
Pedro Pires, le Premier ministre de l’époque [de 1975 à 1991], ne détourne pas les yeux des chiffres impersonnels du rapport. “L’indépendance, nous l’avons déjà prise, déclare-t-il avec un calme qui tranche l’air pesant de la salle. Ce pays doit être viable… Parce que nous avons déjà décidé que nous l’étions.” Le rapport fut remisé dans un tiroir. L’obstination est restée. Le Cap-Vert s’est inventé.
C’est la juriste Ana Gommel qui nous raconte cette histoire, au cours d’une conversation en plein air dans un jardin situé entre le Parlement et la Banque du Cap-Vert. Une histoire qui circule dans plusieurs bouches, dans plusieurs îles. Les uns affirment que Pedro Pires a tapé du poing sur la table. D’autres jurent qu’il n’a même pas cillé. Tout le monde s’accorde sur un point : le rapport a été archiv
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Lancé en 1993 sur les cendres de l’hebdomadaire O Jornal, Visão s’est imposé comme le grand newsmagazine portugais, sorte de Newsweek à la portugaise. Longtemps parmi les principaux hebdomadaires d’information du pays, le titre appartient depuis 2018 à Trust in News.
Ces dernières années, Visão a subi de plein fouet la crise de la presse magazine. Sa diffusion papier dépassait encore les 20 000 exemplaires en 2022, selon les dernières données disponibles de l’Association portugaise pour le contrôle des tirages et de la diffusion (APCT), mais le titre ne communique plus depuis ses chiffres à l’organisme.
La revue continue pourtant de paraître chaque semaine malgré l’effondrement financier de Trust in News, dont les créanciers ont réclamé plus de 40 millions d’euros. Une poignée de journalistes maintient le titre en vie et a créé en 2026 la société MIL – Mais Visão pela Imprensa Livre, avec l’ambition de reprendre la revue. Une campagne de financement participatif a également été lancée auprès des lecteurs. L’avenir de ce titre historique de la presse portugaise reste incertain.
La ruée vers le sable
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