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« Le Congrès international des mathématiciens peut se poser en symbole de résistance face à une évolution délétère du monde »

A l’approche de l’événement qui se tiendra du 23 au 30 juillet, à Philadelphie, Michel Broué, mathématicien et professeur émérite à l’université Paris Cité, exprime, dans une tribune au « Monde », ses inquiétudes quant aux tensions politiques qui l’entourent.

« Le Congrès international des mathématiciens peut se poser en symbole de résistance face à une évolution délétère du monde »
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Le prochain Congrès international des mathématiciens, rassemblement mondial qui se déroule tous les quatre ans et au cours duquel sont décernés d’importants prix, dont la médaille Fields, doit se tenir à Philadelphie (Etats-Unis), du 23 au 30 juillet. Dans sa lettre de juin, la direction des mathématiques du CNRS estime que cet événement « incarne des valeurs fondamentales : ouverture, solidarité et partage d’une vision intellectuelle commune ». Elle ajoute : « A une époque où les tensions politiques menacent de fragmenter la communauté scientifique internationale, ce congrès se pose en symbole de résistance, rappelant que les mathématiques transcendent les frontières et les clivages. Une occasion unique de réaffirmer, par la présence et le dialogue, l’unité et les idéaux qui animent cette discipline universelle. »

Il serait heureux qu’il en soit ainsi. Oui, le Congrès international des mathématiciens à venir devrait incarner ouverture, solidarité et partage, comme il le fit par le passé, d’une manière ou d’une autre. C’est, par exemple, à l’occasion de ce congrès, à Bologne (Italie) en 1928, que le célèbre mathématicien allemand David Hilbert [1862-1943] en avait exprimé les principes, en déclarant : « Les mathématiques ne connaissent ni les races ni les frontières géographiques. Pour elles, le monde de la culture est l’unique pays. »

En 1950, deux visas étaient refusés avant le congrès de Harvard à des mathématiciens français : Laurent Schwartz [1915-2002], un ancien trotskiste et futur médaillé Fields de ce congrès, et Jacques Hadamard [1865-1963], un sympathisant communiste. Les mathématiciens français ont manifesté leur solidarité transpolitique en confiant leurs passeports à l’un d’entre eux, Henri Cartan [1904-2008]. Celui-ci ne les a débloqués que lorsqu’il a été acquis que Hadamard et Schwartz obtiendraient leur visa pour les Etats-Unis – décision finalement prise par le président Harry Truman lui-même.

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