Quelques esprits éclairés avaient prédit que la très courte victoire du premier ministre, Narendra Modi, aux élections générales de 2024 portait en elle un grand péril pour la démocratie indienne. Ils avaient annoncé que le nationaliste hindou, affaibli dans les urnes, sans majorité pour réformer le pays, serait encore plus redoutable. Ils ont vu clair.
La démocratie indienne s’est encore érodée ces deux dernières années sous les assauts de Narendra Modi et de son allié Amit Shah, ministre de l’intérieur. Affaibli sur le plan national, le premier ministre indien a élaboré une stratégie de reconquête du pouvoir par le bas, en s’emparant, un à un, des Etats fédérés. L’Inde compte 28 Etats et huit territoires de l’Union, qui peuvent légiférer.
Pour parvenir à ses fins, le duo Modi-Shah a mis en place un processus pernicieux : une révision générale des listes électorales, opérée à la hâte, avant chaque scrutin régional, par une commission électorale, passée dans les mains du pouvoir après une réforme du mode de nomination de ses membres. L’opération, destinée en temps normal à ôter des listes les personnes décédées ou ayant déménagé, a pris la forme d’une purge. La commission électorale a radié toute une frange de l’électorat supposé défavorable au Bharatiya Janata Party (BJP), le parti de Narendra Modi : prioritairement les musulmans, mais aussi les populations vulnérables, au prétexte qu’elles n’étaient pas en mesure de prouver leur citoyenneté ou leur domiciliation. Rien ne justifiait cette soudaine refonte radicale de listes régulièrement actualisées.
Purge radicale
L’exercice vient de se dérouler au Bengale-Occidental et s’est conclu, le 4 mai, par une victoire massive du parti de Narendra Modi. Dans cet Etat frontalier du Bangladesh, qui abrite la deuxième plus importante population de musulmans, 9 millions de noms ont été supprimés sur 76 millions d’électeurs, 3,5 millions de recours ont été déposés, la plupart du temps en vain, car seuls 1 607 noms ont été réintégrés. La Cour suprême n’a pas fait obstacle à la modification de la composition de l’électorat. Depuis plusieurs années, la plus haute juridiction du pays n’est plus un contre-pouvoir.
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