La presse internationale attend avec impatience de savoir si oui ou non Marine Le Pen sera candidate à l’élection présidentielle de 2027. Avant la décision qui sera rendue le 7 juillet par la cour d’appel de Paris, Marine Le Pen “attend une décision de justice décisive, tant pour elle que pour la France”, titre le quotidien bulgare Dnevnik. “Qu’elles le veuillent ou non (les trois juges qui rendront la décision sont des femmes), elles prendront ainsi bien plus qu’une décision judiciaire. Beaucoup sont même convaincus qu’elles décideront de la future présidence du pays”, écrit Die Zeit en Allemagne.
En Espagne, le quotidien de centre gauche El País estime en outre que la décision marquera l’avenir du Rassemblement national (RN). “Une décision négative influerait sur la carrière politique [de Marine Le Pen], mais également sur le cap idéologique de son parti, qui resterait aux mains du jeune et encore impénétrable Jordan Bardella”, que la BBC nomme le “plan B” du RN. “Si Marine Le Pen ne peut pas participer à la prochaine élection présidentielle, la France entrera dans une nouvelle ère”, n’hésite pas à prédire Die Zeit.
Le RN “loin devant la concurrence”
Pour le moment, “à moins d’un an du grand scrutin national prévu en mai 2027, le Rassemblement national survole les sondages, avec plus de 32 % des intentions de vote pour le premier tour, loin devant la concurrence”, rappelle le quotidien québécois La Presse.
À ce constat s’ajoute le fait qu’“un acquittement atténuerait le martyre judiciaire dont elle se dit victime et la renforcerait face aux électeurs”, estime El País. Pourtant, le journaliste espagnol reste convaincu que la France “nourrit l’inquiétude qu’un jour ou l’autre, après la Seconde Guerre mondiale et la période de la collaboration, l’extrême droite s’empare du pouvoir”.
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Je m’abonne“À la veille du verdict, les deux dirigeants ont souhaité afficher une unité inébranlable au cours d’un meeting organisé samedi dans le Nord”, rapporte en Italie le quotidien de gauche La Repubblica à propos de la “fête champêtre” organisée par le RN le 4 juillet à Liévin, dans le Pas-de-Calais.
Ces derniers jours, les commentaires vont bon train dans la presse étrangère sur une éventuelle condamnation définitive de Marine Le Pen. Les journaux dissertent en particulier sur les divergences programmatiques entre elle et Jordan Bardella. “Son dauphin a adopté un nouveau style politique, plus tourné vers la droite classique, proche du pouvoir et des élites économiques et entrepreneuriales”, juge El País. “Mais surtout, il est convaincu qu’une union des droites – extrême et traditionnelle – est possible, comme c’est le cas en Italie et en Espagne. Si l’on ignorait leur passé commun, il serait compliqué de trouver le lien idéologique qui les unit”, fait observer le journal madrilène.
Bardella s’oppose à Le Pen
Doit-on comprendre que la chute de Le Pen fille entraînerait la mort du lepénisme ? “C’est la grande question, concède le politologue Marc Lazar dans les colonnes d’El País. Bardella a adopté des positions de plus en plus ouvertement opposées à celles de Le Pen. Il incarne le dilemme stratégique qui tiraille les grands partis nationalistes et populistes de droite. Elle continue de proclamer qu’elle n’est ni de droite ni de gauche et qu’elle a été élue au sein d’une circonscription de gauche… Et persiste donc dans l’opposition entre le peuple et les élites. Pour éviter une rupture avec Bardella, elle tente de prouver que ses prises de position sont compatibles avec les idées qu’elle a toujours portées au nom du RN. Mais les lepénistes ne sont pas dupes.”
“On peut voir Bardella assister à une course de Formule 1 à Monaco ou entretenir une relation avec une descendante de la vieille monarchie… Des choses que Marine Le Pen n’aurait jamais faites”, souffle un membre du RN auprès du journal espagnol El País.
Le titre autrichien Der Standard abonde dans le même sens : “Et pendant que Le Pen étreint les travailleurs, les ‘gilets jaunes’ et les perdants, Bardella se montre avec sa fiancée, Maria-Carolina de Bourbon des Deux Siciles, verre de champagne en main, lors du Grand Prix de Formule 1 de Monaco”. Pourtant, le quotidien viennois est formel : “Même si Le Pen pouvait se présenter, Bardella serait le meilleur candidat pour le RN.”
Une France sans Marine Le Pen est-elle possible ?
Plus catégorique, Die Zeit se demande si l’on peut “vraiment se représenter la France sans Marine Le Pen ?”. Pour le maire RN de Perpignan et vice-président du parti, Louis Aliot, la réponse est on ne peut plus claire : “Le lepénisme ne prendra pas fin avec une condamnation de Marine Le Pen.” Dans une interview accordée à El País, l’ancien compagnon de Marine Le Pen assure qu’en cas d’inéligibilité réaffirmée de la cheffe du parti d’extrême droite, “il y aurait un recours possible auprès de la Cour de cassation”. Selon lui, il est dans tous les cas certain qu’“elle ne quittera pas la vie politique. C’est une évidence. Et elle continuera d’exercer une forte influence.”
Auprès de Politico, un conseiller du parti de droite Les Républicains (LR) se montre cynique concernant l’éventuelle candidature de Bardella. “Il devra convaincre les gens qu’ils peuvent confier les codes nucléaires à un trentenaire.” Le média europhile et progressiste ajoute que l’eurodéputé “reste moins connu en France que Le Pen, qui est un nom incontournable”. D’autant que, “lorsque le débat politique se complique, il multiplie les bourdes sur certains sujets. Cela va commencer à se voir”, se réjouit le conseiller LR précédemment cité.
Une condamnation qui “ne fait pratiquement aucun doute”
Après la vente du manoir familial de Montretout, le mois dernier, le journal autrichien Der Standard annonce quant à lui la fin de la dynastie Le Pen. “La famille vient de perdre son cœur, le symbole de son influence d’antan : Marine et ses sœurs ont vendu la villa de Montretout en juin. Le clan Le Pen n’a plus de foyer.”
“Ça s’annonce très mal” pour Marine Le Pen, prévoit également Der Standard, tant les “preuves semblent accablantes”. À Hambourg, Die Zeit se veut encore plus catégorique : “Marine Le Pen sera à nouveau condamnée le 7 juillet, cela ne fait pratiquement aucun doute.” Au Royaume-Uni, l’hebdomadaire proeuropéen The Observer cherche plutôt à savoir “quel genre de présidente serait Le Pen”. Quoi qu’il en soit, les spéculations sont vouées à se tarir rapidement. Mais pour La Presse, au Québec, “l’affaire Le Pen ne prendra toute sa dimension qu’après les vacances, fin août, début septembre.”
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