Les mystères sont-ils plus grands que ce qu’ils cachent vraiment ? Au mont Athos, péninsule monastique située dans le nord de la Grèce et foyer spirituel de l’Orthodoxie, les spéculations foisonnent. Parmi elles, l’influence de Moscou sur ce territoire de 33 000 hectares agite de nombreux fantasmes.

“Moscou peut-elle instrumentaliser le mont Athos, non seulement comme lieu de culte et de référence historique, mais aussi comme outil d’influence géopolitique ? ” s’interroge ainsi LIFO. L’hebdomadaire grec propose une longue enquête sur les liens supposés entre Moscou et cette terre sainte interdite aux femmes, que les fidèles orthodoxes surnomment “le jardin de la Vierge”.

Le média d’Athènes propose de faire la part entre “mythes et réalités” sur “le bras long de la Russie au mont Athos”, lieu inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1988. « Des visites de hauts responsables russes aux dons financiers, en passant par la diplomatie ecclésiastique de Moscou et son influence sur la scène politique grecque, un réseau complexe se tisse” au sein de cette terre abritant vingt monastères, des dizaines de sanctuaire et deux mille moines.

Vladimir Poutine a effectué deux visites officielles au sein de cette communauté monastique jouissant d’un statut autonome au sein de la République hellénique, en 2005 et en 2016, rendant notamment hommage à la présence russe millénaire sur la Sainte Montagne.

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“Après la dissolution de l’Union soviétique, Moscou s’est retrouvée sans une ‘idée nationale’ cohérente. Vladimir Poutine a tenté de combler ce vide depuis la fin des années 1990, proclamant progressivement l’orthodoxie comme l’axe central d’une nouvelle idéologie d’État qui préserve l’image de la Grande Russie et présente Moscou comme la gardienne de la foi authentique face à l’Occident”, développe LIFO. Ainsi, “dans ce nouveau récit national russe, le Mont Athos acquiert une signification inédite. Il n’est plus seulement un lieu saint intimement lié à l’histoire de la Russie, mais aussi un symbole de prestige immense dans le monde orthodoxe”.

La religion orthodoxe devient donc un élément de soft power du pouvoir russe à travers le monde, et le monastère russe de Saint Panteleimon, au cœur de la péninsule monastique, un levier d’influence incontournable dans une période où le monde orthodoxe traverse une profonde crise.

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L’annexion de la Crimée puis l’invasion de l’Ukraine – légitimée par le patriarcat de Moscou -ont provoqué l’autocéphalie (indépendance) de l’Église orthodoxe d’Ukraine vis-à-vis de la Russie, elle-même rejetant ouvertement l’autorité du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Moscou “revendique le rôle de gardienne de ‘l’orthodoxie authentique’”, note l’hebdomadaire grec.

Derrière cette querelle religieuse, la forte présence d’oligarques russes agit comme un paramètre indissociable des luttes d’influences sur la Sainte Montagne, par l’intermédiaire de dons aux monastères ou directement sur les comptes personnels de moines.

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Pour LIFO se pose alors une question d’intérêt national : “le mont Athos, de par son importance spirituelle, peut-il servir de lieu de légitimation, d’influence ou de réseau pour les partis politiques, les mouvements et les milieux d’affaires grecs proches des intérêts russes ? ”