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L'écrivain congolais Ghislain Kabuyaya réédite ses œuvres majeures

L'invité Culture est l'écrivain et éditeur congolais Ghislain Kabuyaya. Romancier, poète, essayiste, il publie dans sa maison d'édition l'ensemble de ses œuvres. Et ce pour combattre la morosité intellectuelle qui frappe l'est du Congo en proie aux guerres depuis plus de trois décennies.

L'écrivain congolais Ghislain Kabuyaya réédite ses œuvres majeures
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L'écrivain congolais Ghislain Kabuyaya réédite ses œuvres majeures

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L'invité Culture est l'écrivain et éditeur congolais Ghislain Kabuyaya. Romancier, poète, essayiste, il publie dans sa maison d'édition l'ensemble de ses œuvres. Et ce pour combattre la morosité intellectuelle qui frappe l'est du Congo en proie aux guerres depuis plus de trois décennies.

L'éditeur gomatracien Ghislain Kabuyaya de passage à RFI.
L'éditeur gomatracien Ghislain Kabuyaya de passage à RFI. © Olivier Rogez / RFI
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RFI : Ghislain Kabuyaya, vous publiez coup sur coup un ensemble d'œuvres, poésie, théâtre, essai dans la maison d'édition que vous dirigez, « Fleuve de l'Intrigue », maison que vous avez créée à Goma, au Nord-Kivu, en RDC. Fosses communes et Magicien d'amour sont les deux recueils de poésie que vous publiez. La poésie est-elle encore quelque chose d'audible dans ce Nord-Kivu traumatisé par des décennies de guerres et de guerres civiles ? 

Ghislain Kabuyaya : Je dirais oui. La poésie résonne davantage dans cette zone. Et je pense que cela est aussi lié au fait qu'il y a un mouvement en vogue ici, le slam. Moi-même, je suis à la base slameur-poète. Le slam chez nous, c'est comme de la poésie à l'oral, donc c'est pas comme ce qui se pratique ailleurs où c'est juste une écriture très libre. Nous essayons de viser le côté esthétique au-delà des mots qui claquent. Alors, pourquoi ne pas proposer quelque chose aussi à l'écrit qui puisse aussi durer ? C'est ainsi que je me suis dit : « Pourquoi ne pas rédiger des recueils de poésie ? » Afin de véhiculer davantage de messages à travers ces recueils de poésie. 

Magicien d'amour est donc un recueil dédié à la poésie amoureuse. Est-ce que ce discours amoureux, cette expression d'une foi en l'amour est pour vous une façon de ne pas désespérer de l'humanité ? 

En fait, c'est de la poésie lyrique. Et je me suis dit que, pour moi, écrire un recueil de poésie comme Magicien d'amour où je mets en relief un personnage qui se considère comme magicien, et donc qui envoûte, je pourrais voir dans quelle mesure cette poésie pouvait enchanter l'âme du public. Une poésie qui pourrait paraître thérapeutique et qui permettait au public de transcender un peu ses problèmes quotidiens pour se retrouver dans un environnement dans lequel il peut à nouveau rêver. 

Oui, un phénomène de guérison en quelque sorte. Alors, ce qui est frappant, c'est le parallèle entre Magicien d'amour et Fosses communes. Dans Fosses communes, on se retrouve plongé dans l'enfer quotidien que vivent les habitants de l'est du Congo depuis des décennies. Y a-t-il dans ce recueil Fosses communes une leçon pour vaincre ce cercle infernal de violence ?

Tel qu'il a été peint au début du recueil, le tableau est sombre, mais vers la fin du recueil nous proposons des marges de manœuvre qui pourraient nous permettre de nous dire qu'après toutes ces décennies de guerre, toutes ces décennies de conflits interethniques, les gens peuvent repenser leurs relations. Comment les gens peuvent repenser la vie en communauté pour se rassurer qu'il y a une issue favorable afin de vivre d'une façon plus humaine ?

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Vous êtes écrivain, Ghislain Kabuyaya, et votre plume emprunte parfois à l'essai sociopolitique pour dresser un constat de l'état de délabrement moral de votre pays en perte de repères totale. Et vous proposez des solutions pour remédier à cette perte de valeurs ? Quelle est la solution, s'il y en a une que l'on peut mettre en œuvre pour permettre aux habitants de l'est du Congo de retrouver le sens des valeurs ? 

J'essaie de mettre en relation l'être humain avec ses phobies. Et chez nous, la grande phobie pour le moment, c'est « la phobie des valeurs ». Par exemple, lorsqu'on voit un enfant qui a peur des serpents ou des chiens, on sait que l'enfant ressent une phobie par rapport à ces animaux. Mais dans notre pays, les adultes ressentent plus une phobie des valeurs. Ici, on réagit d'une façon bizarre, d'une façon étrange, lorsqu'on vous dit par exemple qu'il ne faut pas être corruptible. Dès lors, je me dis que ce comportement déjà ancré est un comportement à risque. Il faudrait réenseigner la notion de valeur et marteler ce thème pour que les gens comprennent que sans les valeurs, on construit une société qui perd ses repères et qui manque de boussole en quelque sorte.

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