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Géopolitique

« Les Canadiens essaient de tenir un exercice d’équilibriste depuis 250 ans : rester liés à leur voisin américain, tout en maintenant leur identité propre »

Alors que Donald Trump, multiplie les gestes d’intimidation envers le Canada, le chercheur Stephen Azzi souligne, dans une tribune au « Monde », comment l’identité canadienne s’est construite par rapport à son voisin.

« Les Canadiens essaient de tenir un exercice d’équilibriste depuis 250 ans : rester liés à leur voisin américain, tout en maintenant leur identité propre »
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L’administration Trump a semblé surprise. Dans un communiqué du 25 août, la Maison Blanche a annoncé que le Canada faisait partie – avec la Chine – des seuls pays à avoir choisi de riposter à la dernière salve de droits de douane. Pour Donald Trump, le Canada serait le partenaire commercial des Etats-Unis « de loin le plus difficile et le moins raisonnable ». La résistance canadienne aux pressions américaines ne date pourtant pas d’hier. Pendant la majeure partie de son histoire, tout en restant un allié et un partenaire économique très proche, le Canada s’est efforcé de maintenir un singulier équilibre entre proximité et opposition aux Etats-Unis.

Si l’antiaméricanisme s’envole dans le monde, le Canada continue de nourrir un sentiment voisin, mais bien distinct, pilier de son identité : le « contre-américanisme ». Quand l’antiaméricanisme est une forme d’hostilité caractérisée par des généralisations négatives sur les Etats-Unis, le contre-américanisme est plus nuancé : il voit à la fois leurs bons et leurs mauvais côtés. Au lieu de s’opposer en bloc, les Canadiens ont forgé leur identité en adoptant certains traits venus des Etats-Unis et en en écartant d’autres.

Le contre-américanisme est profondément inscrit dans l’ADN du Canada depuis les années 1770. La révolution américaine n’a pas été soutenue par tous les territoires britanniques d’Amérique du Nord. Au Québec, que la France avait cédé à la Grande-Bretagne en 1763, la révolution n’a guère rencontré de succès. Car après avoir tenté, en vain, d’assimiler les catholiques francophones, les Britanniques leur avaient finalement permis de pratiquer leur religion et avaient rétabli le droit civil français, ce que dénonçait la Déclaration d’indépendance américaine. En Nouvelle-Ecosse, il ne soutenait que mollement les révolutionnaires – soutien que les autorités n’eurent aucune peine à étouffer. Les peuples autochtones étaient divisés, mais la plupart se rallièrent aux Britanniques : ceux-ci tentaient de limiter l’avancée des colons américains sur leurs terres.

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