Depuis des années, les murs d’Irlande du Nord portent des messages, en mots et en images. Même après la signature de l’accord du Vendredi saint, en 1998, qui a mis fin à trente ans de Troubles [qui ont fait 3 500 morts] entre catholiques proréunification de l’Irlande, protestants britanniques [unionistes, loyalistes] et autorités de Sa Majesté, certaines inscriptions avaient encore parfois des conséquences funestes.

Comme ces quelques mots : “Eamon Collins, agent britannique 1985-1999”, apposés sur le pignon d’une maison à Newry [localité catholique du sud du territoire]. Collins, un ancien membre de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), qui avait par la suite témoigné contre plusieurs de ses camarades, a eu beau faire recouvrir l’inscription, cela n’a pas suffi à le sauver. Quelques heures après l’apparition du graffiti, il était poignardé et battu à mort par le groupe terroriste antibritannique à deux pas de là, le visage lacéré avec une brutalité digne d’“hommes des cavernes primitifs”, d’après le rapport de police.

D’autres messages glorifiaient des tueurs fanatiques ou claironnaient le nom d’un groupe terroriste pour marquer un territoire. Et l’incapacité de l’État à se débarrasser de ces hommages assumés à des mouvements clandestins ne faisait que souligner son impuissanc