Le choc et l’effroi. Mardi 12 mai, une adolescente de 16 ans est morte et une autre a été hospitalisée, après que les deux amies ont sauté du sixième étage d’un immeuble d’Ilioupoli, en banlieue d’Athènes. “Ce tragique incident est considéré comme un suicide, car l’une des deux mineures a laissé une lettre retrouvée dans son sac à dos sur le toit du bâtiment”, précise Kathimerini, qui rappelle que ce drame “survient quelques semaines seulement après le suicide d’une jeune fille de 17 ans qui a fait une chute mortelle de l’isthme de Corinthe”.

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Ces morts ouvrent un débat sur l’état psychologique de la jeunesse en Grèce et les raisons qui poussent des adolescents à mettre fin à leurs jours. “La situation est particulièrement préoccupante, car les tentatives de suicide et les automutilations ont augmenté de 31,6 % ces cinq dernières années”, s’alarme Efsyn. Selon les données de l’association “Sourire de l’enfant”, les suicides sont la troisième cause de mortalité pour les 15-29 ans.

“Pour cette génération d’adolescents en particulier, il me semble nécessaire de remonter jusqu’à la crise de la dette, lorsque les parents ont commencé à parler, à la maison, des difficultés de la vie”, avance le psychiatre Dimitris Papadimitriadis dans Efsyn.

“Mais il y a aussi la pandémie [de Covid] : les adolescents l’ont vécue de manière particulièrement angoissante. Ils ont réalisé que leur liberté pouvait être suspendue du jour au lendemain.”

Un monde d’adultes fautif

Le manque de soutien et de structures publiques pour venir en aide aux jeunes est pointé du doigt. Le suicide, le 12 mai, de l’adolescente de 16 ans, est “loin d’être un cas isolé”, commente Ta Nea. Et il “n’est que la partie émergée d’un iceberg, qui met en lumière la profonde crise de la fragilité mentale des enfants en Grèce. Alors que les taux de suicide, d’automutilation et de troubles mentaux chez les adolescents enregistrent une hausse alarmante, le système de santé publique semble assister à la situation avec gêne, prisonnier de graves carences”, ajoute le grand quotidien de centre droit. “Certaines préfectures sont totalement dépourvues de pédopsychiatres.”

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Début avril, le gouvernement conservateur annonçait l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Mais dans un pays à la démographie particulièrement vieillissante, les politiques publiques à l’égard d’une jeunesse en manque de repères et de perspectives manquent d’efficacité. “Comme nous sommes doués pour nous défausser de nos responsabilités ! Nous blâmons le baccalauréat et les parents, sans voir l’éléphant dans la pièce : la société que nous avons créée et dans laquelle grandissent ces enfants”, tance le média News247.

“Ce sont les responsabilités du monde adulte qui donnent aux jeunes l’impression que ce monde n’est pas fait pour eux. On ne leur permet pas de rêver, d’espérer, de comprendre qu’ils ont toute la vie devant eux pour devenir qui ils veulent être, pour réaliser leurs rêves.”