C’était en novembre 1987, dix-huit mois seulement après la terrible catastrophe de Tchernobyl. Les Italiens étaient appelés aux urnes pour s’exprimer sur l’avenir des centrales nucléaires dans le pays, par le biais d’un référendum qui allait déboucher sur un verdict sans appel : plus de 80 % des Transalpins ne voulaient plus de cette énergie.

L’Italie avait compté jusqu’à cinq centrales nucléaires, couvrant de 4 à 5 % des besoins en électricité du pays. Mais depuis cette consultation populaire, l’atome a disparu du territoire italien. Or il pourrait bien revenir par la petite porte, prévient L’Espresso, qui rend compte d’une loi approuvée le 4 juin par la Chambre des députés.

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Celle-ci, rapporte l’hebdomadaire de gauche, “n’autorise pas directement la construction de centrales nucléaires, mais elle charge le gouvernement de définir, dans un délai de douze mois, le cadre réglementaire qui permettrait un éventuel retour du nucléaire dans le mix énergétique italien”. Il faudra d’abord passer par l’approbation du Sénat, mais la volonté de l’exécutif est claire : faire revenir Rome dans le giron des nations dotées du nucléaire civil. Une décision nécessaire qui n’a que trop tardé, s’enflamme Il Giornale.

Tout miser sur les PRM ?

“Le nucléaire manque à l’Italie depuis presque quarante ans. Et avant même qu’on le fasse disparaître, on payait plus cher l’énergie !” clame ce journal de droite. En quatre décennies, la situation ne s’est pas arrangée, déplore le quotidien milanais, puisqu’en 2026 “l’Italie a connu un prix de gros de l’énergie atteignant en moyenne 127 euros par mégawattheure, soit plus du double de celui de la France (60 euros) et près du triple de celui de l’Espagne (45 euros)”. L’idée de l’exécutif, dans cette période d’instabilité géopolitique, est bien sûr aussi de rendre le pays moins dépendant des importations d’énergie. Mais concrètement, quel est le plan de la Première ministre, Giorgia Meloni ?

“Le gouvernement s’est surtout intéressé aux PRM, c’est-à-dire aux réacteurs modulaires de petite taille, dont la puissance est généralement inférieure à 300 mégawatts, ce qui est bien loin des milliers de mégawatts que peuvent produire les centrales traditionnelles, décrypte Il Post. Ces PRM pourraient être installés dans des zones spécifiques, par exemple à proximité de zones industrielles où la consommation d’électricité est importante.” L’exécutif a évoqué la construction d’une vingtaine de PRM avant 2050 dans l’objectif de couvrir 10 % des besoins en électricité du pays. Problème, ce type d’infrastructure expérimentale n’a pas encore été développé sur le territoire européen, ce qui rend délicate toute prévision à son sujet.

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Au-delà de la question technologique, un autre problème est posé, d’ordre à la fois moral et juridique. En 2011, un autre référendum, qui cette fois s’était tenu l’année de l’accident nucléaire à Fukushima, avait confirmé la volonté des Italiens de bannir du pays les centrales nucléaires. Peut-on passer outre à ces deux consultations ?

Chacun jugera, mais d’un point de vue légal, assure le juriste Giovanni Guzzetta au Corriere della Sera, le gouvernement est parfaitement dans son droit. “Certes, les référendums sont contraignants, mais cette contrainte est soumise à deux conditions : que la situation objective soit restée inchangée et que la situation politique n’ait pas évolué non plus, explique le juriste dans les colonnes du journal milanais. Or quinze années se sont écoulées. Le contexte politique et la sensibilité des citoyens ne peuvent être considérés comme identiques. Le développement technologique a changé la donne et les normes de sécurité se sont renforcées depuis 2011.”

Ainsi, selon l’expert, l’exécutif peut légiférer en faveur d’un retour du nucléaire. Mais attention : “Rien n’empêche qu’un nouveau référendum n’oblige ensuite à abroger la nouvelle loi.”