Paris va conditionner l’aide publique au développement pour les Comores et plusieurs pays africains à une meilleure collaboration dans la lutte contre l’immigration clandestine vers Mayotte, a annoncé mercredi 26 août, à Dzaoudzi, le premier ministre, Sébastien Lecornu.
Pour ces sept pays (les Comores, le Burundi, la Tanzanie, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Somalie et le Kenya), « on va créer quelques nouveaux critères de bonus-malus, c’est-à-dire la capacité à bien collaborer dans la lutte contre les passeurs, la délivrance de laissez-passer consulaires, la capacité de reprendre les étrangers en situation irrégulière », a ainsi expliqué le chef du gouvernement.
Arrivé mercredi à Mayotte pour une visite de deux jours, Sébastien Lecornu s’exprimait sur la base navale de Dzaoudzi, en ouvrant une réunion de l’état-major sur la lutte contre l’immigration clandestine, qui cristallise la colère des Mahorais.
Une « militarisation » de la lutte contre l’immigration clandestine
Une fraction importante des 323 000 habitants de l’archipel recensés par l’Insee au 1er janvier 2026 sont de nationalité étrangère : cela représentait même près de la moitié de la population en 2017. Ces demandeurs d’asile viennent surtout des Comores, mais avec une arrivée croissante de personnes venues de la région des Grands Lacs (RDC, Rwanda…).
En 2024, cette aide publique au développement atteignait 300 millions d’euros. « Tout ce qui est de l’aide humanitaire directe aux populations, y compris dans les théâtres de guerre, on ne remet pas en cause », a cependant assuré le premier ministre. Sébastien Lecornu a demandé au ministère des affaires étrangères de faire des propositions en vue de les mettre en œuvre dès 2026, et de manière plus structurelle en 2027. Il est normal de donner plus « à un pays qui se donne du mal pour répondre à nos attentes en matière migratoire » plutôt qu’à « un pays qui est parfois sourd ou peut être trop léger avec ce que nous attendons », a-t-il justifié.
Sébastien Lecornu, entouré de six ministres dont ceux de la défense et de l’intérieur, a également annoncé une « militarisation » de la lutte contre l’immigration clandestine, avec un recours aux drones et à des ballons captifs pour surveiller les approches, et davantage de navires intercepteurs (de 9 en 2026 à 13 en 2028).
Il a également annoncé le déploiement d’un détachement de la Légion étrangère sur l’îlot M’Tsamboro situé au nord-ouest de l’archipel. Selon Frédéric Poisot, préfet de Mayotte, en 2026 « on est, à date, à 16 500 éloignements » de personnes interceptées sur les centaines d’embarcations clandestines affluant chaque année. « On a un adversaire qui s’adapte à nos modes d’action, qui connaît nos modes de détection », a-t-il averti.