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Morts en Méditerranée : un phénomène qui persiste dans la plus grande indifférence

« La Méditerranée, une mer tombeau » (1/4). Le premier trimestre 2026 a été l’un des plus meurtriers depuis 2014 pour les migrants partis de Tunisie et de Libye en direction de l’Europe, avec 765 morts recensées par l’Organisation internationale pour les migrations. Le dispositif europ?

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Morts en Méditerranée : un phénomène qui persiste dans la plus grande indifférence

Par Allan Kaval (Lampedusa, envoyé spécial)
Publié aujourd’hui à 12h44, modifié à 12h48

Temps de Lecture 5 min.

A la jumelle, une forme minuscule apparaît, presque à la verticale sous l’avion, mille pieds plus bas, dans la Méditerranée. Le petit bimoteur la dépasse, puis pivote sur son axe et décrit bientôt, en s’approchant de la surface de l’eau, une spirale dont cette apparition flottant dans le bleu étale serait le centre de gravité. Mais avant de descendre à 500 pieds, l’évidence, glaçante, est déjà là. « OK, c’est le corps d’un homme », lâche Lucrezia Frabetti, 31 ans, infirmière et volontaire italienne pour l’organisation non gouvernementale de secours en mer SOS Méditerranée, qui fait voler cet avion baptisé Albatross.

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Le bimoteur continue de tourner autour du cadavre, flottant quelque part entre la Libye et l’île italienne de Lampedusa, poussée calcaire de la plaque africaine et fragment lointain de l’Europe depuis sa colonisation par les Bourbons de Naples, au XIXe siècle. Lucrezia Frabetti et son pilote suisse, Fabio Zgraggen, 40 ans, qui gagne sa vie comme instructeur de parapente et rentre à peine de Patagonie où il faisait le guide, ne peuvent désormais que se taire. Le zoom de l’appareil avec lequel l’infirmière a documenté cette mort au visage invisible révèle qu’étaient posés, sur son dos et sur sa jambe droite, deux oiseaux marins, passagers éphémères de sa dérive.

Dans la cabine, on se recueille un moment pour un anonyme, un homme qui compte parmi les dizaines de milliers de personnes, venues majoritairement d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud, à avoir perdu la vie en tentant de traverser la Méditerranée depuis la Libye ou la Tunisie au cours de la décennie écoulée. Depuis 2014, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé 26 734 morts sur cette route. Le bilan d’une guerre, sachant que l’agence onusienne insiste sur le caractère très restrictif de cette estimation. Le véritable nombre de vies effacées ne sera jamais connu.

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