On se doutait bien que les autorités nigériennes, pour expliquer la tentative de coup d’État dont elles ont été victimes le week-end dernier, se rabattraient sur la thèse commode de l’ennemi extérieur. On était en revanche loin d’imaginer que le scénario serait d’une aussi piètre qualité que celui servi mardi soir [1er septembre] par le capitaine Roger Gabriel, sur la télévision nigérienne. L’auteur du récit, décidément en mal d’inspiration, aura réussi à tout rater : la forme comme le fond.
Face caméra, en treillis, le capitaine Roger Gabriel est apparu mardi 1er septembre à la télévision nationale nigérienne pour livrer sa version des événements survenus à Niamey les 28 et 29 août. Se présentant comme un officier du 1er bataillon parachutiste de Niamey, il a notamment mis en cause plusieurs acteurs étrangers.
Le militaire “a affirmé que l’armée tchadienne, la famille de l’ancien président Mohamed Bazoum, actuellement détenu, la France ainsi que les dirigeants du Bénin et de la Côte d’Ivoire étaient impliqués dans la tentative de coup d’État avortée des 28 et 29 août”, indique BBC Afrique.
Sans faire directement référence au Niger ni à la junte, le président tchadien, Mahamat Idriss Déby, a publié sur les réseaux sociaux un verset du Coran appelant à ne pas “mêler le faux à la vérité” ni à “cacher sciemment la vérité”. Un message “qui semble être une réaction indirecte”, pour le média tchadien Alwihda Info.
Le service de presse des forces armées françaises a quant à lui indiqué à BBC Afrique qu’il ne “commenterait ni les déclarations du capitaine Roger Gabriel ni la fiabilité de ses sources”.
Au regard des relations que le Bénin et le Tchad, notamment, entretenaient avec le Niger jusqu’à cette fameuse sortie médiatique, les accuser d’avoir voulu déstabiliser le pays, sans en apporter la moindre preuve, prive d’emblée cette explication de toute crédibilité. Par ailleurs, le Niger, qu’on croyait avoir retenu la leçon, ne fait que se compliquer un peu plus la tâche en se brouillant, de la sorte, avec la Cedeao, le Tchad, le Bénin et la Côte d’Ivoire, dont la coopération et l’appui pourraient pourtant lui être précieux à bien des égards.
En écoutant le récit pour le moins médiocre livré par le capitaine Roger Gabriel à la télévision publique nigérienne, la première impression qui s’en dégage est que les dirigeants du pays doivent avoir une bien faible opinion de leurs compatriotes, pour les imaginer capables de croire à une explication aussi cousue de fil blanc.
Comment, en effet, accorder le moindre crédit à d’aussi graves accusations, proférées devant caméra par un officier qui n’a lui-même pas été impliqué dans le putsch manqué, et dont les seules preuves avancées sont des appels qu’il prétend avoir reçus ? En somme, il suffirait que le capitaine Roger Gabriel soit commandant de compagnie au premier bataillon parachutiste pour que ses propos vaillent parole d’évangile. Il faut être singulièrement dépourvu d’esprit critique pour croire à une histoire aussi mal ficelée.
Un script lu à la télévision nationale
D’autant que ce récit va à contresens de certaines évidences. C’est le cas s’agissant du Bénin. Comment croire que le président Romuald Wadagni, qui, dès le lendemain de son élection [en mai 2026], avait pris son bâton de pèlerin pour tenter de renouer le dialogue avec l’ensemble des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), se soit soudainement transformé en parrain de ceux qui cherchent à déstabiliser le Niger ?
Il en va de même pour le président tchadien, Mahamat Idriss Déby Itno. On voudrait nous faire croire que ce dirigeant, pourtant l’un des tout premiers à avoir adoubé la junte nigérienne, en s’opposant notamment à la menace d’intervention brandie à l’époque par la Cedeao, se serait dans le même temps employé à aider les mutins au Niger. L’auteur du script lu par le capitaine Roger Gabriel semblait si obsédé par l’alignement des pays devant figurer dans son scénario, qu’il en a oublié que les armées des deux pays coopèrent étroitement pour sécuriser leurs frontières communes et faire face à Boko Haram.
À ces incohérences, dont l’évidence même trahit le peu de sérieux de cette explication, s’ajoute le danger que comporte un tel récit. Certes, s’agissant de la France, et dans une certaine mesure de la Côte d’Ivoire, on est plutôt habitué à ce type de justifications, dont le simplisme n’a d’égal que la paresse de ceux qui les conçoivent. Mais que le régime nigérien, désormais confronté à une scission au sein de son armée et à des attaques terroristes qu’il peine toujours à juguler, choisisse de se brouiller simultanément avec la Cedeao, le Bénin et le Tchad relève tout simplement d’un suicide.
Reste que le général Abdourahamane Tiani, visiblement fort du soutien de Moscou et d’Alger, semble trop aveuglé pour percevoir qu’il creuse, chaque jour un peu plus, le trou dans lequel il pourrait finir par tomber. À cet égard, l’événement du week-end dernier n’était sans doute pas le dernier.
Entre le Nigeria et l’AES, une montée des tensions qui inquiète
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