Quand les heures sont comptées, que faire du temps qu’il reste ? Lorsque son téléphone sonne, le 5 juillet 2025, Nour Elassy se tient face à sa mère, dans un appartement du centre de la ville de Gaza. « Avant même de décrocher, j’ai vu dans le regard de maman qu’elle savait. Elle s’est effondrée », se souvient l’étudiante de 23 ans, à la terrasse d’un café parisien, un an plus tard. Elle attend ce moment depuis des mois, sans vraiment y croire : celui où le consulat de France l’informe qu’Israël a accepté son évacuation de l’enclave, afin de suivre un programme pour les étudiants exilés, à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), à Paris. Le départ est prévu cinq jours plus tard. Nour Elassy le sait : elle ne reverra peut-être jamais sa famille.
La procédure a été longue, incertaine. Tout commence par des poèmes que l’étudiante en littérature française et anglophone à l’université Al-Azhar de Gaza écrit puis récite en anglais, et parfois en français, sur TikTok et Instagram. Les vidéos, filmées de la même façon, la montrent de face, le micro de son kit mains libres proche de ses lèvres : « Même nos rêves/ jadis lumineux, féroces/ n’en finissent pas d’être digérés par le désespoir. »
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