Quatorze médias européens, unis à travers le consortium Forbidden Stories, démontrent ce jeudi 16 juillet comment l’État marocain mobilise, depuis quelques années, des outils de surveillance contre les journalistes et les dissidents, notamment en utilisant Pegasus. Cet espionnage avait déjà fait l’objet d’une enquête en 2021, qui avait révélé l’utilisation par le Maroc du logiciel israélien Pegasus.

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Cette nouvelle enquête journalistique, qui paraît alors que le Premier ministre français est en visite officielle au Maroc avec douze ministres, s’appuie notamment sur le témoignage d’un ancien agent de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), le service de renseignement intérieur marocain. Forbidden Stories a aussi pu accéder, grâce à diverses sources, à des documents confidentiels des services de renseignement marocains, ainsi qu’à des données relatives à NSO, la société israélienne qui fabrique le logiciel espion.

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“L’opération dure une heure et quarante-cinq minutes”

Cette enquête met notamment en lumière le cas d’Omar Radi. Ce journaliste très critique de l’État marocain avait été arrêté en 2020 à Casablanca et placé en garde à vue. Son iPhone était verrouillé et inutilisable sans son empreinte digitale. L’ancien agent marocain surnommé “Safir” a détaillé comment les services de sécurité du pays avaient alors utilisé Cellebrite, un logiciel qui extrait toutes les données d’un smartphone et les présente dans une interface. “L’opération dure une heure et quarante-cinq minutes, et l’appareil redémarre sans laisser de trace visible de l’intrusion.”

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Les conséquences de cet espionnage ont été lourdes pour le journaliste, qui enquêtait sur des expropriations foncières et l’enrichissement d’associés du roi du Maroc, Mohammed VI. Car s’est ensuivie “une épreuve judiciaire, [avec] une peine de six ans de prison en 2022 pour deux chefs d’accusation totalement distincts : espionnage et viol”, comme le détaille l’enquête journalistique.

“Gracié en 2024, Omar Radi incarne la répression implacable exercée par l’appareil sécuritaire sur les voix dissidentes”, souligne l’article. Bien d’autres opposants à la monarchie marocaine ont en effet été étroitement surveillés eux aussi, notamment grâce à l’infiltration par les services de renseignement marocains des cybercafés du pays, ce qui leur donnait accès aux pages web consultées par les clients.

Macron, Sánchez et le chef d’état-major algérien

Mais c’est surtout le logiciel Pegasus, de fabrication israélienne, qui a accéléré cette surveillance de masse. “La simplicité d’utilisation du logiciel de NSO, capable d’infecter un téléphone par une attaque ‘zéro clic’, a rapidement séduit le Maroc. Plus besoin de cliquer sur un lien : un simple appel manqué suffisait pour infecter une cible. Selon les données recueillies lors du projet Pegasus, le Royaume a ciblé à lui seul près de 13 000 numéros de téléphone”, détaille ainsi l’enquête.

Si la DGST, théoriquement chargée du renseignement intérieur, ciblait surtout les opposants internes, la liste des personnes visées par le Maroc dépasse les frontières du pays. Parmi les victimes potentielles figurent le président français, Emmanuel Macron, et celui qui était alors le Premier ministre belge, Charles Michel, mais également des journalistes étrangers, tels qu’Edwy Plenel et Lénaïg Bredoux, de Mediapart. Dans l’Algérie voisine, l’espionnage a même touché le chef d’état-major, Saïd Chengriha.

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Le journal espagnol El Confidencial, qui a participé à l’enquête, révèle de son côté que, avant d’infecter les téléphones portables du président Pedro Sánchez et d’au moins trois de ses ministres, le Maroc avait déjà tenté de prendre le contrôle d’autres appareils dotés de numéros espagnols. Ces attaques, également dues à Pegasus, avaient été menées à une échelle industrielle avec 768 cyberattaques qui ont ciblé 250 téléphones portables entre mai 2018 et juin 2019, et pas moins de 106 attaques pour la seule journée du 16 mars 2019.

Là encore, l’espionnage a concerné des figures centrales de l’État espagnol, comme le colonel Alberto Aguilera. Son téléphone portable a subi 5 tentatives d’infection par le logiciel Pegasus en mars 2019, alors qu’il était chef du renseignement de la Garde civile en Catalogne.