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PAGeFIS—Numériser un État qui ne contrôle plus son territoire: la fausse bonne nouvelle des finances publiques haïtiennes

Ce que le récit officiel ne dit pas Depuis mars 2026, la Banque mondiale et le gouvernement haïtien communiquent sur la clôture du Projet d’amélioration de la gestion des finances publiques et de l’information statistique (PAGeFIS) : un cloud d’État, un centre de cybersécurité, un syst?

PAGeFIS—Numériser un État qui ne contrôle plus son territoire: la fausse bonne nouvelle des finances publiques haïtiennes
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30 juillet 2026
PAGeFIS—Numériser un État qui ne contrôle plus son territoire: la fausse bonne nouvelle des finances publiques haïtiennes
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PAGeFIS—Numériser un État qui ne contrôle plus son territoire: la fausse bonne nouvelle des finances publiques haïtiennes

  • by Rezo Nodwes
  • 30 juillet 2026
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Ce que le récit officiel ne dit pas

Depuis mars 2026, la Banque mondiale et le gouvernement haïtien communiquent sur la clôture du Projet d’amélioration de la gestion des finances publiques et de l’information statistique (PAGeFIS) : un cloud d’État, un centre de cybersécurité, un système intégré de gestion des finances publiques déployé dans 31 entités. Le récit, relayé quasiment mot pour mot par la presse, dépeint une réussite technique arrachée à la crise. Cette réussite existe — mais elle est partielle, tardive, et repose sur des indicateurs que personne, du côté des institutions financières, n’a intérêt à mettre en perspective. Un examen des documents de projet de la Banque mondiale, des rapports d’audit et des données de gouvernance disponibles dessine une image nettement moins linéaire.

Le PAGeFIS n’est pas né, en 2017, comme un projet de modernisation des finances publiques. Il a démarré sous le nom de Statistical Capacity Building Project, approuvé le 24 mars 2017 pour 5 millions de dollars, avec un objectif unique et précis : préparer, exécuter et analyser le cinquième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH5) d’Haïti. Ce n’est qu’en mai 2018, par un financement additionnel de 15 millions de dollars, que le volet « gestion des finances publiques » — système intégré, renforcement de la Cour supérieure des comptes, de la Commission nationale des marchés publics et de l’Unité de lutte contre la corruption — a été greffé au projet initial.

Autrement dit : la mission première du projet, celle pour laquelle il a été conçu et financé en priorité, est précisément celle qui a échoué. Le recensement, seule opération capable de fournir à l’État des données démographiques fiables pour bâtir ses politiques publiques, a été retardé année après année avant d’être purement et simplement abandonné — officiellement en raison de l’insécurité dans trois départements sur dix, de la pandémie de COVID-19 et de contraintes logistiques. Haïti n’a plus mené de recensement complet depuis 2003. Un pays qui ne sait pas combien d’habitants il compte, où ils vivent et de quoi ils ont besoin, ne peut pas planifier ses politiques de santé, d’éducation ou de gestion des risques de catastrophe sur des bases solides — les estimations modélisées, aussi utiles soient-elles en dépannage, ne remplacent pas un dénombrement réel.

Ce que la communication institutionnelle présente comme une réussite — le volet finances publiques — est donc en réalité le lot de consolation d’un projet dont l’objectif premier a capoté. Et la facture de cet échec continue de courir : un nouveau projet de recensement, distinct, doté d’environ 30 millions de dollars financés notamment par le Canada, la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement, et géré cette fois par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), a dû être monté séparément après sept années de retard supplémentaires. Le contribuable haïtien et les bailleurs paient donc deux fois pour un même objectif jamais atteint.

Le projet devait initialement se clôturer fin décembre 2023. Il a finalement fermé le 30 juin 2025 — après ce que les documents de la Banque mondiale qualifient eux-mêmes de « deuxième prolongation » de la date de clôture. Sur le papier, un projet approuvé en 2017 pour un horizon de cinq à six ans en a pris huit. Les rapports de restructuration évoquent des difficultés à mener à bien le renforcement des institutions de contrôle « en l’absence d’un Parlement fonctionnel » — un facteur qui, on y reviendra, n’a pas disparu depuis.

Les documents de suivi financier disponibles montrent par ailleurs un rythme de décaissement très en retrait par rapport aux engagements sur une bonne partie de la vie du projet : à la date de l’une des restructurations, sur les deux crédits mobilisés (5 et 15 millions de dollars), plusieurs millions restaient non décaissés, signe de difficultés d’exécution récurrentes plutôt que d’une trajectoire de mise en œuvre maîtrisée. Rien de tout cela n’apparaît dans la communication de clôture, qui présente le calendrier comme une simple toile de fond de « crise » plutôt que comme un indicateur de performance en soi.

Le SIGFP/IFMIS est interopérable, nous dit-on, avec la Banque de la République d’Haïti, l’Administration générale des douanes (AGD), le Trésor public et l’Administration fiscale. C’est un vrai progrès technique. Mais la valeur d’un système d’information dépend de la capacité de l’institution à opérer sur le terrain — et sur ce point, la situation de l’AGD illustre les limites du raisonnement purement numérique.

Depuis que des gangs armés ont pris le contrôle de la zone portuaire de Port-au-Prince, la direction générale des douanes a dû être relogée dans les bureaux de l’aéroport ; les agents affectés au port effectuent des rotations avec l’aéroport pour assurer une présence, et les bureaux du port ont été pillés après leur prise par des gangs. Les contrôles physiques des marchandises — condition sine qua non pour que les données saisies dans un système intégré reflètent une réalité économique et non une fiction administrative — se font dans des conditions dégradées, avec des vérifications à domicile chez certains opérateurs lorsque ceux-ci peuvent fournir des véhicules blindés pour transporter les agents. Un rapport conjoint de l’Organisation mondiale des douanes et de la Banque mondiale documente comment l’essor des gangs a directement affecté les flux commerciaux et les opérations douanières du pays.

Autrement dit : le tuyau numérique fonctionne, mais une partie croissante du territoire par lequel transitent les marchandises et les recettes échappe physiquement à l’État. Un système d’information intégré ne corrige pas un problème de souveraineté territoriale ; il peut, au mieux, en documenter plus proprement les angles morts. L’article qui célèbre la « modernisation numérique » ne pose jamais cette question pourtant centrale : à quoi sert un système fiscal et budgétaire de pointe si l’appareil d’État qui l’alimente en données ne contrôle plus, dans les faits, une partie substantielle de son activité économique ?

C’est le point le plus problématique du récit officiel : la digitalisation est présentée comme un vecteur de transparence, alors que les conditions politiques d’une transparence effective sont, au même moment, en voie de disparition en Haïti.

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