Dans la nuit du mercredi 24 juin, deux puissants séismes ont violemment secoué le nord du Venezuela. Selon le service géologique américain (USGS), le premier, d’une magnitude de 7,2, a été suivi trente-neuf secondes plus tard d’un tremblement de terre plus fort, d’une magnitude de 7,5. “À mesure qu’ils vont passer en revue les données disponibles, les sismologues pourraient corriger ces magnitudes”, prévient The New York Times. Les alertes tsunamis initialement émises pour la côte caribéenne ont rapidement été annulées.

Les secousses ont provoqué des scènes de panique dans les principales villes du pays et en particulier dans sa capitale Caracas. Elles ont été ressenties jusque dans de régions proches de la Colombie voisine.

Ces tremblements de terre étaient-ils prévisibles ?

Même les plus anciens ne peuvent se souvenir du dernier séisme majeur dans la région puisqu’il a eu lieu en 1900. Pourtant, malgré le calme tectonique apparent, un tremblement de terre à cet endroit était attendu, du moins à l’échelle géologique.

Le nord du Venezuela se situe à la frontière des plaques sud-américaine et caraïbe qui exercent une poussée l’une contre l’autre depuis des millions d’années. Interrogée par El País América, Gina Paola Villalobos Escobar, sismologue à l’Université autonome de Tamaulipas au Mexique, explique de manière didactique le mécanisme en jeu :

“Imaginez qu’on prenne une pâte, un spaghetti cru, et qu’on se mette à la plier peu à peu. La pâte se déforme, mais elle ne se casse pas immédiatement. La contrainte continue à s’accumuler jusqu’au moment où, d’un seul coup, on entend un claquement sec et la pâte se rompt. Voilà ce qu’est un tremblement de terre, pour l’essentiel”.

Ainsi, la région septentrionale du Venezuela se trouvait probablement dans un état de “maturité sismique” qui a entraîné une rupture. Lorsque le fragment de lithosphère – l’enveloppe rigide de la surface de la Terre – s’est cassé, l’énergie accumulée au fil des ans a soudainement été libérée, faisant trembler le sol.

Comment se fait-il qu’il y ait eu deux séismes d’affilée ?

Il est courant que des répliques se produisent à proximité d’un séisme majeur, mais en règle générale elles sont de plus faibles magnitudes. Or, ici, la magnitude du second séisme était plus forte. On parle de “doublet sismique”. Un phénomène rare qui s’était produit en 2023 en Turquie et en Syrie.

Il est probable que le premier séisme ait servi de déclencheur au second. “Ce phénomène a pu se produire parce que le déplacement de la croûte terrestre le long de la faille lors du premier séisme a accru les contraintes exercées sur la faille, ce qui a provoqué le second, écrit dans The Conversation Mark Quigley, sismologue à l’université de Melbourne en Australie. En outre, le passage des ondes sismiques générées par le premier séisme a pu ébranler des failles voisines déjà susceptibles de rompre, provoquant ainsi leur rupture [et donc le second tremblement de terre].”

Pour la sismologue Gina Paola Villalobos Escobar, citée par El País América, “la physique n’a pas d’explication unique à ce genre de phénomène, ni la possibilité de le prévoir. Parfois il y a libération d’énergie en un seul point, et parfois c’est deux.”.

Cet événement sera-t-il particulièrement meurtrier ?

Le bilan provisoire fait état de 164 morts et près de 1 000 blessés mais il est très probable qu’il s’alourdisse. “ [L’USGS] souligne que, d’après les chiffres concernant les séismes et le type de bâtiments répandus dans cette zone, on peut s’attendre à de nombreuses victimes et des dégâts importants”, rapporte le New York Times.

Si elles endommagent les infrastructures et entraînent des glissements de terrain, ce ne sont pas les secousses qui tuent. “Le vrai danger réside dans les bâtiments qui ne sont pas conformes aux normes antisismiques, ceux qui s’effondrent et provoquent des tragédies humaines”, insiste la sismologue de l’université Tamaulipas.

“Selon la Fondation vénézuélienne pour la recherche sismologique (Funvisis), les événements sismiques représentent l’un des risques majeurs pour la population du pays, en raison du nombre d’habitants installés dans des zones instables, de la croissance urbaine et du développement d’infrastructures dans des secteurs critiques”, rapporte le site Infobae. La croissance démographique, le développement des villes mais surtout l’absence de normes sismiques ou leur non-respect sont les principaux facteurs qui font redouter une catastrophe majeure.