Les États-Unis sont – ou du moins étaient – connus pour être une terre d’immigration et un pays d’opportunités. Mais les Américains eux-mêmes n’ont jamais été aussi nombreux à envisager l’expatriation et à sauter le pas. Au-delà du boom soudain des recherches Google sur la vie à l’étranger au moment de chaque élection de Trump, en 2016 et 2024, le phénomène perdure et prend de l’ampleur. Et l’ensemble de la population semble concerné. En 2025, pour la première fois depuis la Grande Dépression, en 1929, le pays a enregistré un solde migratoire négatif.
En premier lieu, les jeunes, notamment les jeunes diplômés qui ne peuvent faire face à leurs dettes étudiantes, se tournent vers l’étranger. “Pour certains emprunteurs, déménager à l’étranger et se mettre hors de portée des agents de recouvrement peut être tentant”, écrit le New York Times, qui pointe aussi la charge mentale qui peut peser longtemps après la fin des études.
Les étudiants et les chercheurs américains, en butte aux attaques de l’administration Trump contre les universités et la recherche scientifique, sont de plus en plus séduits par l’Espagne et le Royaume-Uni. Dans le premier cas, ils bénéficient du programme Atrae, lancé en 2023 et qui offre de très généreux financements pour former des équipes et monter des laboratoires ou centres de recherche au sein d’établissements espagnols. Un tiers des 254 candidatures reçues depuis trois ans viennent des États-Unis, selon El País.
Le Royaume-Uni, destination classique des Américains, notamment en raison de la langue, n’a jamais compté autant d’étudiants américains, explique le Times Higher Education, qui souligne que les universités britanniques espèrent, pour des raisons financières, voir cette “vague Trump” se prolonger le plus possible. Pourtant, elle pourrait bien être éphémère, car le nombre de jeunes Américains en âge de faire des études va commencer à diminuer.
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Plus largement, de nombreux jeunes actifs, désireux de davantage de stabilité et de sécurité professionnelle, envisagent de partir vivre à l’étranger, plus précisément en Allemagne, en France ou encore en Finlande, des pays qui ont des programmes de recrutement visant les Américains raconte le Wall Street Journal, témoignages à l’appui.
Les femmes, et particulièrement les femmes noires, tous milieux socioprofessionnels confondus, sont également très représentées parmi les groupes disant vouloir s’expatrier. Ce qu’elles fuient ? L’insécurité, le climat politique américain et l’usure provoquée par le racisme quotidien selon le Boston Globe.
Autre catégorie de la population très encline à larguer les amarres : les retraités, particulièrement sensibles à la hausse des prix. “Pour un nombre croissant [de personnes], la solution n’est pas de réduire les dépenses. C’est de déménager”, constate le magazine Fortune.
Si les Américains les plus fragiles et les minorités sont sans doute plus enclines à souffrir de l’évolution des conditions de vie et à chercher ailleurs une vie meilleure, les Américains riches, soucieux de payer moins d’impôts tout en augmentant leur pouvoir d’achat, ne sont pas en reste et tente d’assurer leurs arrières en obtenant un deuxième (parfois même un troisième) passeport. “Oubliez les vignes en Toscane ou les étés dans le sud de la France : les Américains fortunés sont désormais à la recherche d’un deuxième passeport dans les jungles du Costa Rica et dans les rues animées de Bangkok”, résume le site Business Insider. Les destinations les plus en vue sont situées en Amérique latine ou en Asie. L’Uruguay, le Panama, le Costa Rica et l’Argentine d’un côté, la Thaïlande, Singapour et le Cambodge de l’autre suscitent le plus d’intérêt.
Aux États-Unis, les conséquences de ce phénomène se dessinent. Dans une tribune publiée par le Wall Street Journal, quatre étudiants débattent des effets délétères d’un manque d’attractivité des universités américaines, notamment dans la compétition technologique avec la Chine. Sur le plan pratique, les agences de relocation, qui accompagnent les futurs expatriés dans leurs démarches, ont le vent en poupe. Attention, cependant, préviennent plusieurs médias : d’une part, l’expatriation ne tient pas toujours ses promesses et peut se transformer en parcours semé d’obstacles administratifs, fiscaux et civiques ; d’autre part, revenir aux États-Unis peut s’avérer très difficile pour se réadapter après de nombreuses années d’absence.
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