Comment en êtes-vous venue à étudier le sabbataïsme ?

Honnêtement, c’était inattendu. Lorsque j’étudiais la pensée juive, j’ai suivi un cours avec la professeure Rachel Elior sur le hassidisme [mouvement mystique juif né en Europe orientale] et le sabbataïsme. Je n’y connaissais quasi rien. Lors d’un cours, elle a apporté un ouvrage : Livre des cantiques et louanges des sabbatéens. C’était l’unique édition publiée d’un manuscrit de poésie sabbatéenne. Ce livre m’a fascinée.

Il était écrit dans un mélange de langues. Les cantiques étaient écrits en ladino [ou judéo-espagnol], mâtiné d’hébreu, d’araméen [langue sémitique parlée notamment par Jésus] et de turc. Il mêlait les univers. La profession de foi islamique y côtoyait une terminologie kabbalistique [mystique juive] très riche. J’avais l’impression de tomber amoureuse. Un immense mystère se cachait là, que je voulais percer, et je me suis tout simplement plongée dans cet univers.

Il existe un vaste corpus, d’environ 1 500 cantiques. Comment ont-ils été découverts et où se trouvent-ils aujourd’hui ?

À l’heure actuelle, cinq manuscrits sont connus. Quatre sont conservés aux archives de l’Institut Ben Zvi à Jérusalem, et un autre est parvenu, on ne sait trop comment, à l’université Harvard. Il s’agit de sources communautaires in