Figure de la communauté noire de Salvador, Valdemira Telma est chez elle au Pelourinho – sans doute le quartier le plus animé de cette ville qui compte la plus forte population noire hors d’Afrique. Valdemira nous interpelle d’une voix rauque depuis une petite fenêtre : “Seja bem vinda, meu amor !” [“Bienvenue, ma chérie !”]

Dans ce salon de coiffure unique en son genre, Valdemira Telma apparaît drapée d’une robe jaune pâle à l’imprimé africain couleur café qui lui descend jusqu’aux chevilles. Deux longs colliers de perles colorées ornent son cou, symbolisant les orixás, ces divinités yorubas [un peuple d’Afrique de l’Ouest] qui la protègent. D’énormes bagues ornent ses mains, qui tressent les cheveux des clientes.

Valdemira Telma, plus connue sous le nom de “Negra Jhô”, est la star de l’un des lieux les plus pittoresques du Brésil. Cette célébrité, aussi bien pour elle que pour le quartier, est une nouveauté.

Dès l’enfance, Valdemira Telma, qui a aujourd’hui plus de 60 ans, a su que son existence serait marquée par la souffrance. À 5 ans, elle a perdu sa mère. Ensuite, dans le quilombo où elle a vécu [aujourd’hui communautés de descendants d’esclaves, les quilombos sont historiquement des refuges organisés par les esclaves en fuite], les tantes qui s’en occupaient se moquaient