#SessionLive Abraham Réunion et Loya & Remanindry #blakazantandroy
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Histoire de famille et de créolité entre trois îles : Madagascar, Guadeloupe et France.
Nos premiers invités sont frère et sœurs et sortent leur 2e album Jaden an nou.
La musique est un jeu d’enfants, dans la famille Abraham tout du moins : Zacharie l’aîné (contrebasse), Cynthia la cadette (voix) et Clélya la benjamine (piano) s’y sont toujours amusés. Ces dernières années, ils se sont rendus indispensables dans leurs sphères respectives, avec le jazz comme dénominateur commun. Plébiscités en studio, ils se sont aussi imposés sur la scène du jazz français où leurs trajectoires se sont souvent croisées. Si souvent que l’envie de s’associer s’est manifestée. Baptisée Abraham Réunion, la dream team familiale a sorti en 2020 son premier album, au titre éponyme. Une réussite totale qui appelait une suite, qui voit le jour aujourd'hui. Dans Jaden an nou, ils creusent le sillon où germent les graines de leur jardin créole. Le jardin en nous : le titre a été choisi lors d’une discussion dont l’enregistrement constitue l’un des interludes de l’album. L’idée revient au père du trio. Il est guadeloupéen et, pour ses enfants nés en métropole, les Caraïbes constituent un territoire d’expérimentations musicales, mais aussi celui de questionnements identitaires qu’ils labourent de plus en plus profondément.
Sur Jaden an nou, ils assument ainsi de dévoiler leurs faiblesses, leurs fractures et leurs inquiétudes devant un monde qui ne tourne pas rond. Chacun avec sa personnalité, chacun avec son jardin : Zacharie gamberge en binant le potager de sa maison de campagne ; Cynthia s’indigne des conséquences de la crise environnementale ; Clélya sonde son jardin intérieur via la méditation et la psychologie. Le jardin d’Abraham Réunion est foisonnant. S’y enchevêtrent le gwoka guadeloupéen, le maloya réunionnais, les tambours brésiliens, le jazz afro-américain autant que celui de Mario Canonge et Alain Jean-Marie, ainsi que les impressionnistes Ravel et Debussy. Cynthia y signe la totalité des paroles, en français et créole grâce aux traductions paternelles, et le trio se partage les compositions. Ils renouvellent leur choix de recourir à plusieurs batteurs pour les accompagner et d'utiliser une quinzaine de percussions (sifflets, konk a lambi, kayamb, sati, agogo, chacha, surdo, tambourins), soulignant ainsi l'importance de la rythmique dans leur musique.
Sur Jaden an nou, second album attendu de la fratrie Abraham Réunion, Zacharie, Cynthia et Clélya invitent le grand chanteur réunionnais Danyèl Waro, artisan du maloya rénové sur deux titres : Nailé puis Batarsité, l’un de ses morceaux emblématiques (1987) sur la créolité : « Je ne suis pas Blanc / Non je ne suis pas Noir. » L'album explore différentes rythmiques caribéennes avec pas moins d'une quinzaine de percussions différentes !
Titres interprétés au grand studio
« La traversée » Live RFI
« Batarsité » (Feat. Danyel Waro), extrait de l’album
« Jour de fête » Live RFI
Line Up : Cynthia Abraham (voix, percussions mineures), Clélya Abraham (piano), Zacharie Abraham (contrebasse)
Son : Mathias Taylor, Benoît Letirant Camille Roch
► Album Jaden an nou (Jardin en nous) (Aztec Musique, 2026)
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Puis, nous recevons la famille Remanindry et Loya pour le projet Blakaz Antandroy.
Sorti en 2024, Blakaz Antandroy est un album innovant imaginé par Loya en collaboration avec la famille Remanindry : le père Remanindry et ses enfants, Samba, Nindry, Isabelle et Adeline. Issus du peuple Antandroy, une communauté chamanique du sud de Madagascar, ces artistes utilisent chants et instruments traditionnels pour invoquer les esprits « Kukulamp » et soigner les villageois, souvent éloignés de toute médecine moderne.
L’origine de ce projet singulier remonte à une commande du Musée du quai Branly – Jacques Chirac, qui sollicite Loya pour concevoir un concert accompagnant une exposition consacrée à Madagascar, à partir de ses archives sonores. C’est dans ce contexte qu’il découvre la musique de Remanindry, dont il tombe immédiatement sous le charme. En 2019, il se rend à Tuléar pour rencontrer le musicien en personne, donnant naissance à une rencontre d’une rare intensité. De cette alchimie émerge l’idée de Blakaz Antandroy, un projet ambitieux mêlant musique chamanique antandroy et univers électronique.
Pour créer cet album, Loya s’immerge profondément dans le langage musical des Antandroy, en explorant leurs techniques vocales et instrumentales spécifiques. Parmi celles-ci figurent le lokanga, un violon malgache qui accompagne les chants, le remotsy, une technique vocale rythmique faite de raclements de gorge, ou encore le Poa Keliky, où les sifflements deviennent percussions. Ensemble, les artistes racontent les histoires de leur région, au sud de Tuléar, où les Kukulamp, les esprits, occupent une place essentielle dans la vie quotidienne.
De son côté, Loya utilise ses machines électroniques pour transformer ces sonorités traditionnelles en une expérience sonore inédite. Il opère une fusion entre ancien et contemporain, entre spiritualité et technologie, donnant naissance à un univers musical unique.
Sébastien Lejeune, alias Loya, est un compositeur dont le travail se situe à la croisée de la musique électronique et des traditions de l’océan Indien. Depuis ses débuts, il interroge les liens entre ces univers, en s’appuyant sur les nouvelles technologies comme outils de création, d’analyse et de transmission. Cette approche implique un long travail d’apprentissage, à la fois numérique et musical, nourri par la pratique d’instruments traditionnels tels que ceux du maloya (rouler, kayanm, sati, tambour malbar), mais aussi la flûte bansuri ou le takamba réunionnais.
Sa démarche transculturelle repose sur le dialogue entre instruments traditionnels et dispositifs numériques. Son processus de création a évolué au fil du temps et se structure aujourd’hui en plusieurs étapes : une phase d’analyse des dimensions rituelles et spirituelles, suivie d’un passage de l’oralité à l’écriture en M.A.O., jusqu’à la production finale. En concentrant ses recherches sur les musiques de l’océan Indien, il développe une réflexion au long cours, nourrie par ses créations, qui lui permettent d’en expliciter les enjeux et les significations.
Le maloya, avec ses rituels et cérémonies, constitue son premier terrain d’étude, notamment à travers ses rencontres avec les artistes Alex Sautron et Stéphane Grondin. Ces recherches l’amènent à développer un processus de composition intégrant des algorithmes (Perlin noise, probabilités), afin de créer des œuvres en perpétuel mouvement, à l’image des kabars où les musiques se construisent dans l’improvisation autour de thèmes traditionnels.
Par la suite, sa rencontre avec Menwar lui permet d’affiner ses outils de composition au contact du séga traditionnel. En 2016, il découvre la musique carnatique aux côtés de Balakumar, plongeant dans les racines tamoules de La Réunion. Il analyse cette musique spirituelle et complexe, jouée dans les temples, et compose à partir du konakol, système de transcription orale des rythmes propre à cette tradition.
Titres interprétés au grand studio
« Lomalilaty » Live RFI
« Blakaz Antandroy », extrait album
« Be Sadia » Live RFI
Line Up : Remanindry (chant, lokanga), Nindry Remanindry (chant, lokanga), Samba Remanindry (chant, percussions) et Sébastien « Loya » Lejeune (machines)
Son : Benoît Letirant, Mathias Taylor
► Album Blakaz Antandroy (L'z Records, 2024)
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